Cérémonie Antoine Polotti et Marco Lipszyc - Fontaine le 16 mai 2014

Intervention de l'ANACR par la Présidente Départementale Denise Meunier 

Demain  il y aura 70 ans que dans cette rue de Fontaine se déroulait l’issue tragique de la traque incessante que la Gestapo et ses supplétifs miliciens menaient contre les Résistants et particulièrement contre les FTPF. A moins d’un mois du débarquement allié en Normandie, la guerre fait rage en Europe et en France, la Résistance, si elle est de plus en plus active, est aussi de plus en plus menacée. Ce 17 mai 1944, l’Etat major FTP décide de quitter l'agglomération grenobloise et de prendre le maquis. Le Comité militaire régional des FTP (Isère /Hautes Alpes) se réunit à 14 heures dans l’appartement de la famille Poulet. Sont présents, en autres, Marco Lipszyc, Antoine Polotti. Un quart d’heure après le début de la réunion, 3 voitures de la Milice et 1 de la Gestapo s’arrêtent devant l’immeuble. Au court de l’échange de coups de feu, Polotti est abattu, Lipszyc blessé est conduit à la Gestapo ainsi que Gelas, Sibut-Pinotte et Thérèse Poulet. Le 21 juillet, au désert de l’Ecureuil à Seyssinet, Marco Lipszyc est fusillé avec 9 autres résistants.

Antoine Polotti dit Georges, commissaire aux effectifs, Marco Lipszyc dit Lenoir, commissaire aux opérations, comme des milliers de combattants de la Résistance tombèrent sous les balles ennemies, et comme pour tous ceux tombés alors, nous sommes là pour leur rendre hommage. Nous sommes là pour que le voile de l’oubli ne recouvre pas Georges et Lenoir ainsi que tous leurs frères de combat, nous sommes là pour entretenir un véritable travail de mémoire afin de transmettre ce que fut la Résistance et les valeurs de ceux et celles qui l’ont faite. La mémoire est un enjeu idéologique et un combat qu’il nous faut mener jour après jour sans concession, sans transiger, comme le firent ceux qui nous réunissent aujourd’hui.

Marco Lipszyc, juif polonais, Antoine Polotti, italien, parce que très tôt confrontés dans leurs pays respectifs au nazisme et au fascisme, et à l’exile en France, deviennent naturellement communistes et participent aux luttes politiques et syndicales d'alors. En 1937 tous deux s'engagent dans les Brigades Internationales pour défendre la république espagnole poignardée par Franco. Et c'est là bas, sur cette terre martyrisée par une guerre civile qui prépare la Seconde guerre mondiale qu'ils se rencontrent.  La France, terre de leur exil, devient leur patrie. Engagés tous deux en 1940 dans l'armée française,  ils combattent héroïquement durant toute cette drôle de guerre,  citations et croix de guerre témoigneront de leur patriotisme et de leur courage. Après la débâcle et l'effondrement militaire de la France ils rejoignent très tôt la Résistance où leurs qualités humaines les conduisent à assumer d'importantes responsabilités dans l'organigramme FTPF. Et c'est ensemble, des contreforts des monts d'Espagne aux chemins tortueux des montagnes iséroises, des villes martyres espagnoles à notre Dauphiné écrasé, que partageant  les mêmes idées généreuses, les mêmes valeurs, les mêmes rêves,  ils iront  ensemble ce 17 mai 1944 au rendez-vous de leur destin.

Là pourrait s’arrêter cet hommage mais Marco et Antoine méritent beaucoup plus que cela. Parce qu’ils étaient la pointe d’un combat qui ne s’est pas achevé le 22 août 1944 à Grenoble, le 8 mai 1945 à Berlin, et que comme des milliers d'hommes et de femmes, nés ailleurs, immigrés en France, ces étrangers et nos frères pourtant, ainsi que l’a écrit le poète, ils se sentaient de ce pays et se sont engagés parmi les premiers, à l'aube de la Résistance, pour le défendre, lui rendre sa liberté, son honneur et inventer une société nouvelle.

Au lendemain de la guerre, l’espoir de réaliser les rêves des Résistants se levait dans un pays en ruine mais où tous les efforts allaient dans le même sens, redresser le pays et faire naitre une société égalitaire, fraternelle, solidaire. Le programme du Conseil National de la Résistance, voté à l’unanimité le 15 mars 1944 par les hommes du CNR, ouvrait la voie à des mesures économiques et sociales qui mettaient enfin l’humain au centre d’un ambitieux projet. Aujourd’hui nous constatons une remise en cause des acquis dus au programme du CNR, engendrant  pauvreté, désespérance, chômage, les valeurs de la République rétablies par la Résistance sont mises à mal par ceux qui font primer l’individualisme, l’exclusion, le  profit, bien loin des espérances nées à la Libération.

Nous devons rappeler qu’il y a 71 ans,  16 hommes réunis rue du Four à Paris en créant, sous la présidence de Jean Moulin, le CNR, changèrent durablement notre pays en unissant toutes les composantes de la Résistance. S’ils donnèrent à l’homme du 18 juin les moyens pour permettre une France victorieuse qui allait s’assoir à la table des vainqueurs, ils  donnèrent aussi naissance à une France renouvelée et plus belle. Ce passé nourrit la France actuelle et doit permettre que la France de demain soit toujours celle voulue par les Résistants.

C’est pourquoi depuis plus de 20 ans l’ANACR s’est battue pour que la Nation inscrive leurs engagements, leur courage, leurs visions d’avant garde dans notre mémoire  collective. Enfin le 9 juillet 2013, après le vote du sénat, l’Assemblée Nationale a voté à l’unanimité l’instauration de la Journée Nationale de la Résistance inscrite au calendrier mémoriel de la France pour que reste, à jamais, graver dans le marbre de notre histoire, le rôle déterminant de la Résistance dans l’histoire de notre pays.

Maintenant il nous faut faire vivre cette journée et pour toutes les communes de France, particulièrement celles qui ont soutenu notre bataille, s’impose le devoir d’organiser le 27 mai une cérémonie commémorative, mais aussi d’aller plus loin en impliquant la population, les établissements scolaires etc. Certes cette année  ce sont les balbutiements de la première année mais il faudra à l’avenir réfléchir ensemble municipalités et associations de mémoire au travail à mener pour remplir auprès des jeunes générations la lettre de la loi « dans le cadre de cette journée anniversaire, les établissements d’enseignement du second degré sont invités à organiser des actions éducatives visant à assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du Conseil national de la Résistance».

L’importance de cette Journée Nationale de la Résistance va bien au-delà du respect de la Mémoire et de sa transmission. On entend dire ici et là, par les uns et les autres, élus ou simples citoyens, qu’il y aurait trop de cérémonies, embouteillant notre calendrier et diluant le message mémoriel. En réalité il n’existe pas tant de moments de recueillement collectifs autour de l’histoire qui a forgé la trame de notre nation. Alors donnons au 27 mai toute sa place, celle d’un moment constitutif de notre république. Cette Journée est la réponse au chant de sirènes de l’extrême droite qui, partout en Europe, agite les vieilles rengaines reprises inlassablement : xénophobie, racisme, haine des autres, exclusion, discours simpliste et odieux faisant des étrangers des boucs émissaires occultant que dans leur grande majorité ils contribuent largement à la vie du pays.

Nous constatons en Europe une implantation de plus en plus forte des partis d’extrême droite, aux accents nationalistes et populistes et au-delà même de ces partis, c’est avec inquiétude que nous constatons que leurs idées s’ancrent fortement dans nos sociétés. Comment ne pas être interpellé par le score du FN lors des dernières  élections municipales, son entrée dans des conseils municipaux jusqu’au premier magistrat dans certaines communes. Et comment ne pas s’inquiéter des prochaines échéances qui peuvent donner à l’Europe une couleur où le bleu vire de nouveau au vert de gris.

Ne laissons pas les idées liberticides gangréner notre présent et surtout le futur des prochaines générations.La France ne peut qu'être fière d'avoir été depuis toujours terre d'asile et d'avoir éveillé une fidélité inconditionnelle dans le cœur d'hommes comme Antoine Polotti, Marco Lipszyc et de tous leurs camarades. Aujourd’hui comme hier la  France doit demeurer le pays de la Révolution des sans culottes de 1789,  des droits de l’Homme inscrits dans la Constitution, et du progrès apporté par le programme "les jours heureux" du CNR.

Antoine Polotti, Marco Lipszyc, menèrent un  combat éternel, loin d’être  achevé, celui de l’humanisme contre l’obscurantisme. Leurs noms sont gravés pour toujours dans la pierre, sur ce mur, dans nos  cœurs et nos consciences. Nous devons continuer à maintenir vivante la mémoire de ce qu’ils furent, de ce qu’ils firent, avec leurs camarades de résistance, car ils  demeurent à jamais l’honneur de la France.

 La mémoire du passé n’est importante que si elle sert l’avenir disait toujours Pierre Fugain, alors souvenons-nous !

PolottiAntoine

Antoine Polotti dit Georges

lenoir

Marco Lipszyc dit Lenoir