A.N.A.C.R. ISERE

03 juillet 2018

Les Rendez-vous de la Résistance à Grenoble et en Isère

 

PAGE 5 N° 1-

Les Rendez-vous de la Résistance 2018 sont terminés. Nous vous donnons rendez-vous  pour les prochains en 2019

Posté par anacrisere à 11:51 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Poème

solidarite-invisible

Je proteste

Je proteste je proteste

Pour l’amour martyrisé 

Pour les bouches sans baisers

Pour les corps décomposés

Pour l’échafaud

Pour la peste

Je proteste

Pour la vie aussi qu’on eut

La mort dite naturelle

Avoir subi les querelles

Qui burinent et bourrellent

Notre visage ingénu

Je proteste

Pour les os qui se brisèrent

Les femmes à cris accouchant

La sécheresse des champs

L’égorgement du chant

Pour la faim pour la misère

Je proteste

Pour ce qu’on a fait de nous

Prenant tout pour de l’eau pure

Qui ne cherchions aventure

Que de la bonté future

 Et qu’on a mis à genou

Je proteste

Qu’on nous trompe et qu’on nous leurre

Nous donnant le mal pour bien

Celui qui n’en savait rien

Et qui le mal pour bien tient

N’est-ce pour le bien qu’il meurt

Je proteste

Au nom des choses meilleures

Prêts à tout ce qu’on voudrait

A tout sacrifice prêts

Pauvres gens bêtes de trait

Qu’on bafoue et mène ailleurs

Je proteste

 Louis Aragon

 

Posté par anacrisere à 11:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]

PAGE 13

 

Si les articles de ce blog vous interessent , si vous pensez que l'ANACR de l'Isère et son journal Résistance Isère doivent continuer à vivre et à poursuivre le travail de mémoire auprès particulièrement des jeunes, vous pouvez contribuez à leur survie par un don, qui à partir de 20€ vous permettra de recevoir Résistance Isère. 

Posté par anacrisere à 11:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Une famille dans la Résistance

PAGE 11 N°3

 

Depuis plusieurs années, l’ANACR est en contact avec Michel Morin Gonnet. Certains lecteurs se demandent peut-être qui est Michel Morin Gonnet. Il est un des fils de « la Cousine ». La Cousine me direz-vous ? Margueritte Gonnet dit la « Cousine » est une grande et belle figure de la résistance dauphinoise. RI a fait son portrait dans le n° de Décembre 2010 et l’a publié sur le blog de l’ANACR.

Michel Morin Gonnet a lui aussi, était dans la Résistance,  comme d’autres membres de la famille Gonnet. Bon sang ne saurait mentir. Une attestation de Jean Weber chef départemental du mouvement Libération en fait foi. Merci à Michel Morin Gonnet de nous l’avoir envoyé.

Il serait temps que le MRDI ainsi que la ville de Grenoble qui a donné le nom de Margueritte Gonnet à une rue, près du lycée international, réalisent une exposition sur ces femmes résistantes qui sont l’honneur de notre département.

Posté par anacrisere à 11:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Journée Nationale de la Résistance

Journée nationale de la Résistance  

La cérémonie s'est tenue à Grenoble le 29 mai devant la stèle Jean Moulin.

DSCN1716

Lecture de textes par des lycéens de la Cité Scolaire Internationale

Intervention de Fabien Malbet, adjoint au Maire de Grenoble

Monsieur le Sous-Préfet Charles BARBIER Monsieur le Vice-Président du Département Jean-Claude PEYRIN Madame la Conseillère régionale Nathalie BERANGER Capitaine Jean-Paul TOURNEBISE représentant le Commandant de la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne Madame la Présidente de l’ANACR Martine PETERS Chers élèves et enseignants du lycée de la Cité Scolaire Internationale Mesdames et Messieurs
En cette Journée nationale de la Résistance, en tant que représentant du Maire de Grenoble, je suis très heureux que nous soyons réunis aujourd’hui dans ce lieu de notre ville qui porte ce nom particulièrement évocateur de « Place de la Résistance ».

La Seconde Guerre mondiale s’est achevée il y a 73 ans. Peu à peu, le temps nous éloigne de ce moment de notre Histoire où s’est abattue sur nous l’une des plus sombres tragédies du siècle dernier. Pour autant, cette période reste très présente dans nos esprits, dans nos mémoires, dans la façon dont nous pensons notre présent. Ce qui s’est passé pendant la guerre et juste après la guerre a laissé des traces profondes dans notre société jusqu’à aujourd’hui. Parmi ce qu’il y a de plus marquant, je pense évidemment à l’engagement hors du commun des femmes et des hommes qui sont entrés en Résistance contre le régime de Vichy et contre le nazisme. Ces femmes et ces hommes venaient d’horizons très différents, leurs origines sociales étaient diverses, tout comme leurs sensibilités philosophiques, politiques et religieuses. Parmi eux figuraient des instituteurs, des ouvrières, des paysans, des journalistes, des militaires, des commerçantes, des chefs d’entreprises et aussi des étrangers… Pour tous, faire le choix de la Résistance, c’était prendre des risques énormes. Qu’il s’agisse de transmette des renseignements, de cacher des Juifs ou d’autres Résistants, de fabriquer de faux papiers ou des journaux clandestins ou bien encore de conduire des actions armées, choisir de résister pouvait signifier être arrêté, torturé, déporté et même tué. Pour autant, ces Résistants ne pouvaient se résoudre à rester passifs face à l’oppression. Chacune d’elles et chacun d’eux demeure aujourd’hui pour nous un modèle de vertu et de courage.

Comme je l’ai dit, parmi ces Résistantes et Résistants de France, figuraient de nombreuses personnes d’origine étrangère, prêtes à donner leur vie pour que notre pays retrouve sa liberté et sa dignité. Je pense en particulier à Mélinée et Missak Manouchian que la Ville de Grenoble a décidé d’honorer samedi dernier en donnant leur nom à une rue de Grenoble tout près de la nouvelle école Simone Lagrange. Mélinée et Missak étaient tous les deux des orphelins du génocide des Arméniens, amoureux de la France et des valeurs de la République. Révoltés face au sort des Juifs, le couple a choisi d’entrer en Résistance, et Missak y a laissé sa vie en février 1944. Notre ville, Grenoble, a fait le choix de rendre hommage à leur courage et à leur dignité bien sûr, mais aussi de saluer l’esprit de paix qu’ils ont porté. Car « résister », c’est suivre un idéal de justice et de paix, un horizon de fraternité. Dans la lettre qu’il adresse à sa femme bien-aimée juste avant d’être exécuté par les nazis, Missak Manouchian écrit des mots d’une sagesse immense. « Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée, Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. (…) Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. (…) Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre. » C’est aussi ça l’esprit de Résistance qui nous est cher. C’est cet esprit d’union et de paix, cette conviction qu’il est possible de construire une société solidaire et fraternelle.

Grenoble, déclarée « ville héroïque à la pointe de la résistance française et du combat pour la libération » par décret du 9 mai 1944, a une responsabilité particulière pour continuer à faire vivre cette flamme de la Résistance, pour continuer à porter haut et fort ces valeurs ! - C’est pour cela que nous affirmons aujourd’hui que Grenoble est riche de toutes les personnes qui la composent quelles que soient leurs origines ! - C’est pour cela que nous déclarons aujourd’hui Grenoble « ville solidaire et ouverte » ! - C’est ce qui nous conduit aussi à nous dresser contre l’esprit de haine et d’exclusion ! - C’est ce qui nous amène à nous opposer contre l’idée que la solidarité est un délit ! - C’est ce qui nous pousse à nous insurger contre la tentative absurde de dresser des barrières toujours plus hautes autour de l’Europe et de la France soit disant pour barrer la route de l’exil à celles et ceux qui fuient la guerre, la misère et les exactions de toutes sortes. Je suis convaincu que cet esprit d’ouverture et de fraternité doit nous guider chaque jour —et pas seulement en saluant de façon exceptionnelle un acte héroïque individuel— en créant une société véritablement ouverte qui permette à chacune et chacun de trouver sa place dans la dignité. En cette Journée nationale de la Résistance, rappelons nous qu’au sortir de la guerre, le programme du Conseil national de la Résistance a constitué un vrai souffle de liberté, de démocratie et de rénovation sociale. Il a posé les bases d’un monde plus juste, plus humain, bien loin des idéologies de haine qui venaient de tout ravager – jusqu’à l’idée même d’humanité.

En tant qu’adjoint en charge de l’éducation, je voudrais saluer aujourd’hui les élèves et les enseignants de la Cité Scolaire Internationale qui se sont mobilisés à l’occasion de cette journée. C’est vous qui continuerez demain à faire vivre ces valeurs qui nous sont si précieuses. Au fronton de chaque école de Grenoble, nous avons souhaité que soit inscrite, de manière claire et visible, la devise républicaine portée par les drapeaux français et européen. C’est le symbole de notre attachement commun à ces valeurs si belles et si justes, qui nous rassemblent par-delà nos différences. C’est pour le respect et la mise en application de ces principes que les Résistantes et les Résistants se sont engagés, souvent au péril de leur vie. Alors merci à chacune et chacun de vous de continuer de faire vivre, de faire grandir, et de rendre encore plus forts que jamais ces trois mots pour lesquels les Résistantes et Résistants se sont battus : Liberté, Égalité, Fraternité.

Je vous remercie.

Intervention de Martine Peters, Présidente déléguée départementale - ANACR

1943-2018, nous célébrons ce matin le 75e anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance. En effet, le 27 mai 1943, au cœur de Paris occupé depuis l’Armistice de juin 1940 par la Wehrmacht nazie, avec le concours des forces de répression du régime collaborateur que présidait Pétain, se réunissaient  48 rue du Four les représentants de huit grands mouvements de Résistance, de six partis politiques résistants ainsi que de deux centrales syndicales clandestines, autour de Jean Moulin, premier président du CNR. Lorsque, le 1 janvier 1942, Jean Moulin fut parachuté en France, la Résistance n'était encore qu'un désordre de courage dira Malraux. Il lui faudra des mois d’efforts pour surmonter toutes les difficultés et réunir ces 16 hommes autour de lui, dans les conditions terribles de la clandestinité.

 Jean Moulin fin lettré, dessinateur, est un haut fonctionnaire de l’Etat, il a appartenu à plusieurs cabinets ministériels dont celui de Pierre Cot, Ministre de l'Air dans le gouvernement du Front populaire, il s'engagera dans l'aide clandestine à l'Espagne républicaine. Plus jeune préfet de France en 1937, il est nommé à Rodez en 1938 puis à Chartres l'année suivante. C’est là qu’il tenta de se suicider le 17 juin 1940, pour ne pas risquer de céder à l’occupant lui enjoignant d’accuser faussement, de meurtre de civils, des soldats sénégalais de l’armée française. Révoqué par l’administration pétainiste, il est entré en résistance dès novembre 1940 et s’est consacré au rassemblement de toutes les forces de la Résistance. "Rex" ou " Max ", ce Carnot de la Résistance, homme de conviction mais aussi visionnaire, décida d’aller à Londres demander à Charles de Gaulle de lui confier une mission de coordination de la Résistance. Le général le désignera  comme son unique représentant  et le délégué du Comité National Français, chargé d’unir les résistances intérieure et extérieure.

Suite à l'arrestation à Paris, du général Delestraint qui décapite l'Armée secrète et pour organiser rapidement la relève, Moulin  convoque les responsables le 21 juin 1943 à Caluire chez le Docteur Dugoujon. Mais à la suite de dénonciations, la police de sécurité allemande menée par Klaus Barbie intervient : tous sont arrêtés et emmenés à la prison du Fort Montluc. Interrogé par Barbie qui l'identifie après deux ou trois jours, Jean Moulin ne dit rien. Il est transféré à Paris, atrocement torturé, son état de santé est désespéré, c'est vraisemblablement pour tenter de le soigner et de le conserver comme otage qu'il est transféré en Allemagne. C'est dans le train, quelque part entre Metz et Francfort, alors qu'il n'a déjà plus figure humaine, qu'il meurt le 8 juillet 1943. Ses cendres, jusqu'alors déposées au Père Lachaise, ont été transférées au Panthéon le 19 décembre 1964.

Le CNR renforça la légitimité du chef de la France libre auprès des Alliés, car il représentait ainsi la France Combattante tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il permit aussi la mise en place dès la fin 1943 des Comités locaux et départementaux de la Libération, la création début 1944 des Forces Françaises de l’Intérieur, la publication le 15 mars 1944 du Programme du CNR, qui dessina les contours d’une France démocratique sur les plans politique, économique, social, d’une France solidaire, et dont nombre des avancées découlant de sa mise en œuvre à la Libération sont encore présentes dans notre vie démocratique et sociale.

 L’Etat français, régime félon, participera à la répression contre les démocrates, les patriotes, pourchassés, torturés, fusillés, massacrés, déportés dans les camps de concentration, aux persécutions raciales antisémites  décidées par les nazis,  aboutissant à la déportation de plus de 70 000 hommes, femmes et enfants vers les camps de la mort  d’où bien peu revinrent. Sur le sol national occupé, des femmes et des hommes refusant la collaboration, l’occupation du pays, l’assassinat de la République, la suppression des libertés, ont affirmé leur volonté de poursuivre le combat. A l’extérieur après son Appel du 18 juin1940, des Français libres se rassemblent autour du général de Gaulle, en Afrique, en Asie, dans le Pacifique plusieurs territoires alors de souveraineté française se rallient, permettant la reconstitution des forces armées terrestres, navales, aériennes françaises libres, qui participeront aux côtés des Alliés à la lutte contre l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon militaro-fasciste, contribuant, le moment venu, à la libération de la France, à la victoire sur les fascismes.

 Les valeurs  humanistes de la devise de notre pays - liberté, égalité, fraternité - venue de la Révolution française, motivèrent l’engagement des Résistantes, des Résistants, des Français libres.  73 ans après la fin de la seconde guerre mondiale qu’en est-il ? Guerre, oppression, racisme, discriminations et épurations ethniques, persécutions religieuses, sous-développement social, culturel de populations entières, actes de terrorisme barbare frappant aveuglément, sont les fléaux de ce début de 21e siècle, loin des idéaux des Résistants. Et qu’en est-il de la bête immonde dont, en  1945, les peuples espéraient être définitivement débarrassés. Tapis dans les recoins boueux de sociétés en perte de valeurs, elle et ses rejetons relèvent la tête, retrouvent une audience qui va croissante  de l’Europe du Nord à celle du Sud avec dans plusieurs parlements l’entrée de partis ouvertement néonazi. Ici aussi, dans le pays de la déclaration des Droits de l’homme, les idées liberticides enflent, se nourrissent de la peur des autres,  de la  xénophobie, faisant des immigrés, des réfugiés fuyant les persécutions, les guerres, la pauvreté, la famine, les responsables de maux que connaît notre société, suscitant des déclarations souvent insupportables, ne venant hélas pas seulement des extrêmes-droites, et des actes ignobles qui véhiculent haine, exclusion, nationalisme exacerbé

 Depuis 5 ans, Grenoble et de nombreuses communes françaises célèbrent officiellement la Journée Nationale de la Résistance, inscrite au calendrier de la France. Cette Journée, arrachée au Parlement après une lutte de plus de 25 ans par l’Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance, soutenue entre autres par la FNDIRP et l’UFAC constitue avec l’appel du 18 juin et la journée de la Déportation un bloc cohérent et mémoriel rendant un hommage mérité à ceux qui engagèrent, toutes leurs forces, jusqu’au sacrifice suprême, dans le terrible combat pour le retour de la liberté, de la démocratie.  Merci à la municipalité de Grenoble de son soutien, chaque année, pour un moment privilégié de passage de la mémoire aux générations contemporaines. Merci à Monsieur le Sous-préfet représentant Monsieur le Préfet, merci aux personnalités, membres des associations, porte-drapeaux présents. Nos remerciements chaleureux vont à ces jeunes lycéens et à leur enseignant. Ils sont la preuve qu’aujourd’hui les jeunes ne sont pas indifférents à ce passé si lointain pour eux, qu’ils sont conscients que les motivations, les engagements de leurs aînés sont, non seulement un moment capital de l’histoire, mais aussi un message pour éviter qu’un jour reviennent des temps d’obscurantisme et de dictature.

 Ils doivent savoir que leur futur est entre leurs mains comme l’avaient compris  Jean Moulin et ses compagnons de combat qui, dans un pays écrasé par le défaitisme, la guerre, au plus noir de la nuit de l’occupation et de la barbarie, n’ont jamais renoncé à la lutte, à l’espoir de vaincre, à celui d’un futur meilleur.

 Là où se trouve une volonté, se trouve un chemin a dit Winston Churchill. Par-delà leurs différents, les hommes de l’ombre s’unirent pour rendre à notre pays sa liberté, sa conscience, son humanité.  Ils firent que la flamme de la Résistance s’élève haut et suivant le chemin de l’honneur ils demeurent, avec le haute figure de Jean Moulin, à jamais le visage de la France.

DSCN1712

Intervention de Charles Barbier, Sous- Préfet , Directeur de Cabinet du Préfét de l'Isère

Charles Barbier donne lecture du message de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées 

 

 

« Aujourd’hui, la France honore l’armée de l’ombre et salue ses héros de la Résistance. La Nation reconnaissante rend hommage à ceux qui malgré la répression, entrèrent dans l’histoire par la force d’un refus et par la puissance de leur engagement.  Ils surent saisir le drapeau de l’honneur pour le hisser aux côtés de l’étendard de la liberté.  Aujourd’hui la France se souvient de la création du Conseil National de la Résistance.

Dans la tourmente de l’Occupation et des heures sombres, le 27 mai 1943, il y a soixante-quinze ans, dans un appartement parisien, 48, rue du Four, les représentants de huit mouvements de Résistance, de six partis politiques et de deux syndicats, décidèrent d’unir leurs forces pour lutter contre l’occupant. Pour que rien ne soit improvisé, pour que tout soit préparé, pour que le progrès réponde à l’abaissement vichyste, ils préparèrent les réformes de la France libérée.

 

En dépassant les différences et les clivages, ils répondirent à une exigence, celle de l’unité. Sous les auspices de Jean Moulin, ils firent d’un « désordre de courage », une armée de l’intérieur prête à relever la République.

 

La jeunesse de France joua un rôle éminent dans la Résistance. Saluons la mémoire des lycéens et étudiants. Souvenons-nous des jeunes Français qui résistèrent ou prirent les armes dans les maquis de toute la France.

 

Cette Journée nationale est un appel à la jeunesse. Nous l’invitons à se souvenir, à perpétuer la mémoire et à faire sienne les valeurs du CNR.

 

En ce soixante-quinzième anniversaire, la Résistance demeure une source d’admiration et un exemple d’unité dans l’épreuve. Attachés aux valeurs humanistes, à la dignité humaine, à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, nous devons faire vivre encore et toujours l’esprit du 27 mai 1943 pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais ».

 

 

 

 

Posté par anacrisere à 11:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]


02 juillet 2018

cérémonie Polotti - Lenoir

Le 17 mai, à Fontaine a eu lieu la cérémonie en hommage à Antoine Polotti et Marco Lipszyc.
Andrée Lnacha, membre du Bureau Départemental de m'ANACR est intervenue devant la plaque en hommage à ces deux chefs FTPF.

Le 17 mai 1944, ici même à Fontaine, il est 14 heures : quatre voitures s’arrêtent d’où surgissent des feldgendarmes accompagnés de miliciens. Ils encerclent la maison Poulet. A cette heure s’y trouvent réunis des Résistants, des responsables au plus haut niveau, le Comité Régional des FTP.  Ils sont quatre, parmi eux Marco Lipszyc alias Commandant Lenoir, responsable militaire des FTP de l’Isère, Antoine Polotti, alias capitaine Georges, responsable politique.

Les assaillants hurlent « Police allemande » ! et ouvrent le feu. Polotti est tué. Lipszyc, grièvement blessé est fait prisonnier. Il sera fusillé après avoir été longuement torturé, le 21 juillet à Seyssinet, au Pas de l’Ecureuil.

Au printemps 44, une terrible répression frappe la région Rhône-Alpes. C’est  que l’activité des Résistants est particulièrement intense, que le débarquement des alliés est proche, chacun le sait, en particulier les nazis et leurs comparses. Les historiens Suzanne et Paul Sylvestre rappellent que les nazis circulent dans des camions aux cabines blindées, que les miliciens ne partent en expédition que sous la protection de la Wehrmacht. L’énergie du désespoir tourne à l’horreur.

Les 14, 15 et 16 mai, Klaus Barbie et ses sbires ont arrêté, après dénonciation, plusieurs membres du Comité militaire de la zône sud et le quasi-totalité des membres de l’Etat-Major FTP de la région Rhône-Alpes. Les responsables de la réunion de Fontaine, inquiets, selon des témoignages, envisageaient de se protéger en prenant le maquis.

Mais qui étaient Polotti et Lipszyc dont nous honorons aujourd’hui la mémoire ?

Marco Lipszyc était né en Pologne, à Lodz, le 26 novembre 1912, dans une famille juive, aisée, dont  la quasi totalité fut exterminée dans les  camps de la mort.  Très jeune, il est attiré par la politique dans cette grande ville ouvrière où les revendications populaires se heurtent aux forces de police et à l’antisémitisme. Il entre dans des mouvements de jeunesse socialistes puis communistes. Rapidement, après son baccalauréat et quelques études de médecine il quitte la Pologne et sa famille, non sans avoir purgé un emprisonnement pour idées subversives.  Une ville l’attire, Paris, la patrie des droits de l’Homme. Il y arrive en 1933, vivant de petits boulots et on l’imagine participant avec des milliers d’autres à la période exaltante du Front Populaire. En 1937, il est communiste et comme tant d’autres communistes de tous les pays ses yeux se tournent vers l’Espagne en lutte contre le fascisme. Il s’engage dans les Brigades Internationales où il deviendra officier tankiste. C’est là qu’il fait la connaissance d’un jeune brigadiste, Antoine Polotti.

Antoine Polotti était né à Iséo, en Italie, le 21 juin 1913. Son père, maire socialiste d’une petite ville, avait fui son pays devant le fascisme mussolinien et s’était exilé en France, en Meurthe et Moselle, avec sa famille. Antoine grandit en France, adhère aux jeunesses communistes puis au Parti Communiste en 1935. Ouvrier aux aciéries de Longwy, il entame une carrière syndicale qui le conduit très rapidement aux plus hautes responsabilités c’est à dire à la tête du syndicat des métaux  du bassin de Longwy. Il décide lui aussi de partir se battre pour défendre la République espagnole. C’est donc avec le même idéal antifasciste et internationaliste que ces deux jeunes militants d’une vingtaine d’années se rencontrent, loin de leur patrie d’origine mais porteurs des mêmes valeurs révolutionnaires.

De son côté, à son retour d’Espagne en 1938, alors que la mission des Brigades Internationales a pris fin, et que la patrie de Lorca va tomber sous le joug des franquistes, Marco Lipszyc quitte Paris pour, parce que ses poumons sont malades et que l’air des Alpes lui est recommandé, se rendre dans notre région. Après une période de repos et quelques expériences de travail à Grenoble, il est employé chez Merlin Gerin et resserre ses liens avec le PC. 1939 c’est la déclaration de guerre. Marco s’engage comme volontaire et est affecté à la Légion Etrangère, n’oublions pas qu’il est étranger. Il se bat héroïquement pour la France et reçoit la croix de guerre avec citations. Lors d’un colloque organisé par l’historien Pierre Bolle en 1987 le beau-frère de Marco, Jean Rolland,  - Marco avait épousé en 1941 une jeune fille de Mens, Denise Rolland,  disait : « Il s’est engagé en août 1939, non pour se mettre en règle avec le gouvernement français mais parce qu’il luttait contre Hitler ».

De retour à la vie civile, il ne quitte pas pour autant le combat mais le poursuit dans la Résistance où sa situation d’étranger à la fois Juif et communiste rend la tâche plus que difficile...même si le fait d’avoir été engagé volontaire milite en sa faveur. Comme Paul Billat le rappelle : « Marco Lipszyc participe activement à la Résistance. Dans le cadre de l’usine Merlin Gerin, c’est la détérioration à retardement des transformateurs destinés à la Marine allemande...en dehors de l’usine, il participe aux récupérations d’armes, d’explosifs, aux sabotages divers….En Dauphiné, il participe à la constitution de plusieurs groupes de bataillon M.O.I. En février 1944, ...il est  Commissaire aux Opérations dans l’Etat-Major  des FTPF ». Son expérience du terrain et ses qualités de chef unanimement reconnues font qu’il devient le Commandant Lenoir, comme l’attestera Charles Tillon,

Notre camarade Alfred Rolland, ancien FTP, dans son ouvrage La Résistance aux portes de Grenoble, rappelle un propos de l’ancien  Président de l’ANACR, Pierre  Fugain. Ce dernier s’adressait en ces termes à Monique Rolland -sœur de Jean Rolland et Résistante sous les ordres du Commandant Lenoir, à qui il remettait la Croix de l’Ordre du Mérite : « Le hasard te fit croiser la merveilleuse et tragique trajectoire de Lipszyc qui va de la prison de Varsovie à la fusillade de l’Ecureuil. Eblouie par les qualités de Marco, tu découvres, à travers lui, que la Résistance est l’heureux mariage, tant de raison que de passion, de l’antifascisme et du patriotisme ».

Si on nous le permet, c’est aussi sous ce double signe que va s’accomplir la deuxième rencontre de Marco Lipszyc et d’Antoine Polotti.

Polotti, Français par naturalisation, avait été appelé sous les drapeaux en 1939 et avait comme son camarade de combat des Brigades reçu la Croix de Guerre avec citations. Après la démobilisation, il avait repris ses activités syndicales et politiques dans la clandestinité en Moselle.

Pourquoi se retrouve-t-il dans notre région où Lipszyc avait fondé une famille ? Pendant la lutte contre le nazisme, le parti communiste qui avait une grande expérience de la clandestinité, désireux de déjouer la traque implacable de l’ennemi, avait pour stratégie de déplacer ses cadres, de les envoyer exercer leurs fonctions clandestines dans d’autres départements, d’autres régions que les leurs pour participer à la Résistance.  C’est ainsi qu’Antoine Polotti, après avoir représenté le PC  dans le sud-ouest puis dans l’Isère en  devint le secrétaire général en 1943. Il devient aussi le Capitaine Georges chez les FTP en tant que commissaire aux effectifs régional.

Marco Lipszyc et Antoine Polotti illustrent bien le vers de Louis Aragon Etrangers et nos frères pourtant du poème L’Affiche rouge, écrit en 1955 à la mémoire du groupe Manouchianvers que rappelle la plaquette de Claude Collin consacrée à Marco Lipszyc.

Ces deux héros, Marco Lipszyc et Antoine Polotti, l’ANACR  a tenu à leur rendre hommage aujourd’hui une fois encore parce que les valeurs qui étaient les leurs sont aussi les nôtres. Je rappelle que le 27 mai prochain aura lieu la Journée Nationale de la Résistance, devenue officielle le  19 juillet 2013 et célébrée officiellement le 27 mai 2014 après une bataille menée pendant plus de 25 ans par l’ANACR.

Cette date du 25 mai célèbre l’anniversaire de la première réunion clandestine du Comité National de la Résistance sous la présidence de Jean Moulin. Le général de Gaulle déclara : « La création du CNR fut un événement capital ».

Le CNR élabora un programme fondé sur les valeurs universelles qui sont encore à la base de notre pacte social : valeurs patriotiques, démocratiques, sociales et humanistes. Ces valeurs pour lesquelles se sont battus jusqu’à en mourir Marco Lipszyc et Antoine Polotti sont celles que l’ANACR, association plurielle, passeur de mémoire, se donne pour mission de transmettre.

Il n’échappe à personne qu’elles sont, de nos jours, particulièrement menacées dans une société où l’on constate la montée du racisme et de la xénophobie. Les principales victimes en sont les immigrés et réfugiés à propos desquels certains discours du FN ou de la droite extrême n’hésitent plus à parler d’invasion et menaces contre notre identité nationale. Toutes positions suscitant des manifestations d’hostilité voire de graves violences à l’égard de composantes notamment maghrébines et africaines de la population française, tels les jeunes des banlieues, nés et élevés en France, par ailleurs victimes de discriminations sur le plan de l’emploi et du logement.

On ne saurait oublier les actes d’agression spécifique à l’égard des membres de la communauté juive dont les deux exemples récents et inqualifiables de   Mireille Knoll et Sarah Halimi hantent nos esprits. On ne saurait oublier non plus que  la France,  ce samedi 12 mai, a été meurtrie une fois encore par un crime s’inscrivant dans un discours djihadiste hostile à l’égard de tous les «  infidèles », qu’ils soient Juifs, chrétiens bouddhistes ou athées. Tout ce que nous venons d’évoquer s’ajoute à la dangerosité internationale qui ne cesse de nous interpeller. La brutalité de la politique extérieure du président des Etats-Unis, Donald Trump, est un motif de grave préoccupation dans le monde entier, qu’il s’agisse de sa décision de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ou de ses initiatives incendiaires au Moyen Orient, vis-à-vis de l’Iran ou de la Palestine.

Alors quel est le rôle de l’ANACR ? Bien sûr, elle doit transmettre l’Histoire de la Résistance aux jeunes générations. Elle est porteuse de la mémoire des combats et des valeurs de la Résistance et, par là même, elle se doit d’être vigilante à la préservation de la paix internationale. Comment ne pas méditer cette pensée de Paul Valéry : « La mémoire est l’avenir du passé ».

 Andrée Lancha

 

 

Posté par anacrisere à 16:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Mimi sa maman et Jeannine en 1944

Mimi, sa mamamn et Jeannine 1944

Posté par anacrisere à 16:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]

L'histoire du sauvetage de "Jeannine " par Mimi

Anne Marie Mingat, Juste parmi les Nations, a sauvé de nombreux juifs durant la seconde guere mondiale. Voilà l'histoire de "Jeannine" qui cachée durant de nombreux mois dans la famille de Mimi.

Felicia Przedborski 'Jeannine"

 Jeannine est, sans conteste, la personne qui m'a le plus marquée durant cette période de l’occupation allemande.

 Notre rencontre

Nous étions au mois de janvier 1944 et je travaillais encore à la mairie de Domene lorsque je vis venir  à  moi  une  jeune  femme  accompagnée d 'une fillette d'environ treize ans. Je la connaissais  déjà,  car  plusieurs  fois je l'avais accueillie chez moi pour y passer la nuit. Elle était israélite. Son  mari  vivait  déjà  depuis  plus d'une  année ,  caché  dans  une  cave. Depuis l 'automne, les événements dramatiques et les menaces se multipliaient: arrestations, tortures, exécutions sommaires, rythme affolant des déportations …

Madame Przedborski n 'en pouvait plus de lutter et de trembler pour son enfant.  Depuis des mois, elle accomplissait des miracles pour assurer le ravitaillement et la protection des siens. Elle m'a pparaissait comme le modèle parfait de la mère, dans le sens le plus noble du terme. Je la trouvais belle et courageuse. Ma is elle se disait à présent qu 'elle ne pouvait plus lutter, que sa fille allait être perdue, qu 'il fallait à tout prix faire quelque chose, lui trouver une protection sûre. "Je ne peux plus protéger mon enfant, me dit-elle. Je vous la don ne; avec vous, elle ne craindra rien; chez vous, elle sera en sûreté." Se séparer de sa fille était pour elle un acte héroïque car Jeannine, pour elle et son mari, était la "prunelle de leurs yeux".

Quand elle me demanda de la prendre sous ma protection, elle ignorait, comme tout le monde, la vie dangereuse que je menais. Je ne pouvais pas lui en parler, mais je me sentais assez forte pour protéger Jeannine et pour nous en sortir. J'avais été attirée immédiatement pa r son air éveillé et pa r sa spontanéité. J'ai accepté tout de suite et, du jour au lendemain, cette petite fille de treize ans s'est installée dans une nouvelle vie, ne voyant plus ses parents qu’en cachette, tard dans la nuit.

Sa mère lui avait expliqué qu'elle devait m'aimer et rester auprès de moi le plus possible. Aussitôt, elle me combla d ' une affection sans borne et se mit à me suivre partout. Nous avions tout de suite senti un courant de sympathie qui nous entraînait l'une vers l'autre. Toutes deux "fille unique", nous avons trouvé, elle une grande, et moi une jeune sœur. Notre tendresse l'une pour l'autre devint immense. J'avais un grand sens de mes responsabilités envers elle et je veillais à ce que sa vie auprès de moi soit aussi paisible que possible, bien  que,  me  suivant  partout, elle ait été rapidement mêlée  à  nombre  de mes activités de résistance.

 La vie avec Jeannine

Notre vie s'est organisée avec le plus de discrétion et le plus de naturel possible. Le plus urgent était de lui donner une nouvelle identité. Quel nom choisir? Maurice Chevalier, de passage à Grenoble pour un spectacle, nous a inspirées: elle devint Jeannine Chevalier. Je confectionnai ses faux papiers;  j'accrochai  à son cou une médaille pieuse et , bien que je sois profondément athée, le dimanche  nous  assistions toutes  deux  à  la  grand-messe. Elle allait aussi au catéchisme; je lui avais expliqué qu'elle devait se conduire en tout comme ses camarades de classe.

Nous menions une vie apparemment normale. Elle allait à l'école régulièrement et, quand j'étais obligée de m'absenter sans l’emmener pour une mission   difficile, maman   me   remplaçait auprès d’elle.  Elle avait ainsi un vrai foyer. Nous l'aimions beaucoup.   Pendant   le rude hiver 1943-44,    nous n 'avions pas de charbon en quantité suffisante et nous   gelions   littéralement.  Maman,  qui  cousait  très  bien,  lui  avait confectionné,   avec   une couverture    de laine teinte  par  ses soins,  un superbe  pantalon  qui lui tenait bien chaud. Nous faisions aussi toutes les deux, par tous les temps, de la bicyclette ; ces  bicyclettes qui  nous  ont  tant  servi et  qui,  d'une  certaine  manière,  ont  servi  aussi  la France. Au chapitre précédent, j'ai fait état de sa participation à nombre de nos actions. Une petite fille incroyable!

Sa compréhension des situations et sa présence d'esprit étaient extraordinaires. Un événement en témoigne: Nous avions à la maison un locataire: monsieur Khan. Il était pharmacien à Paris. Il avait quitté la capitale et il était parti toujours plus loin au fur et à mesure de l'avance allemande.  Il était ainsi arrivé à Domene. Il louait une chambre chez nous; il en avait d 'ailleurs loué plusieurs dans les environs et couchait tantôt ici, tantôt ailleurs. Il était littéralement terrorisé par la tournure que prenaient les événements. Un jour de juin , nous sommes toutes deux chez l 'une de mes amies, Yvonne Magli , qui  habite  la  Grand 'Rue;  Jeannine  vient  de  quitter l 'école où j 'étais allée l'attendre. Soudain, nous entendons dans la rue un vacarme terrible: des coups de freins, des coups de sifflets, des ordres hurlés. Nous nous précipitons aux fenêtres et nous voyons les sinistres "tractions avant" de la milice. Les  miliciens  se  mettent   à  rassembler  toutes l es personnes  se  trouvant  da ns  l a  rue  pour un contrôle de papiers et un dépistage d e "terroristes".

Tout ce monde est adossé contre le mur de la poste, les bras en l 'air. Monsieur Khan est du nombre. Mais au lieu   de rester immobile comme les autres, il part en courant.  Rattrapé et poussé sans ménagement à l 'intérieur d'une voiture, il doit donner l 'adresse de son logement et la voiture va tourner dans le "chemin vieux".  Immédiatement, je pense à maman, très émotive, a u x prises avec les miliciens, et je me précipite pour essayer de sauver l a situation,   Jeannine sur mes talons à mon insu. Quand nous arrivons à la maison, maman, poussée dans le dos par une mitraillette, les   conduit    à    l a chambre d e monsieur Khan qui ne cesse de clamer: "Je suis u n honnête homme!" et qui, chaque fois, reçoit des coups de crosse sur la tête. Pendant qu' ils sont à fouiller la chambre et à éventrer les matelas, nous  sommes,  Jeannine  et  moi ,   dans  la   cuisine. J'ai, dans le tiroir du bahut, un revolver et des balles qu 'un habitant m'a donnés la veille pour les remettre aux maquisards. Il faut faire vite:  calmement, j'enveloppe l'arme dans un papier journal et la glisse dans le sac à provision; la petite boîte de balles est dans un mouchoir avec lequel je me tamponne le nez comme si j 'avais un gros rhume. Déjà, les miliciens redescendent et  entrent  chez nous avec monsieur  Khan  ensanglanté  et  ma  mère livide. Sans se laisser impressionner, Jeannine a alors un réflexe extraordinaire: elle attrape le sac à provisions contenant l 'arme  et , pendant qu 'ils commencent à fouiller, à  leur barbe, elle part en me disant : "Bon, j e te rapporte le pain et des pâtes", et elle s'en va d'un pas tranquille. Cette anedocte montre bien que, sans que l'on ait besoin de dire à Jeannine quoi que ce soit, elle comprend très vite les enjeux des situations et est prête à agir sans peur aucune. C'est une jeune héroïne en herbe: elle en a l'étoffe. Tout pouvait arriver, tout s'est bien terminé pour nous, mais monsieur Khan a été emmené et torturé. Je l'ai su plus tard par sa fille, après la Libération: il est mort le lendemain de son arrestation, dans les locaux de la milice, sans avoir pu dire quoi que ce soit, puisqu 'il ne savait rien.

 Notre séparation

Pendant les derniers jours qui précédèrent la libération définitive de Domene et qui furent si tragiques, je n'eus pas beaucoup de temps pour m'occuper de Jeannine, mais je savais qu'elle allait rejoindre sans tarder ses  parents qui,  sentant  venir la fi n de leurs malheurs avec la libération imminente, préparaient déjà leur retour à Paris. La vie, ensuite, nous a séparées pendant de longues années, mais à aucun moment nous ne nous sommes oubliées l'une l'autre. Dans la capitale, elle reprend ses études. Nous nous écrivons de temps en temps.  Puis, un jour, une de mes lettres me revient avec la mention "n 'habite plus à l'adresse indiquée".

Pendant un certain temps, je la recherche, sans succès, puis j’abandonne.  C'est la vie, me d is-je, elle a ses études... Ma is, une trentaine d 'années passeront. Comme si Jeannine avait disparu. Mais elle était loin d 'avoir oublié sa "sœur aînée". Si elle était  introuvable,  c'est  parce  qu'avec ses parents elle  avait  émigré  en  Israel.  Dès qu'elle l'avait pu, elle était revevue. Avec son mari, quand elle venait passer des vacances d'hiver en Suisse ou en Autriche, elle allait chaque fois à Domene pour faire des recherches. Depuis de longues années déjà, elle menait   l'enquête. Mais entre-temps, j'avais changé quatre fois d'adresse et trois fois de nom. Parmi toutes les personnes qu'elle avait interrogées, aucune ne savait où l 'on pouvait me joindre. Jeannine était désespérée d'échouer ainsi à chacun de ses voyages en Europe. Beaucoup de personnes m'avaient vue, se souvenaient de moi... mais personne ne savait où me trouver.

Le 14 juillet 1979, alors que tout est fermé et que la chaleur est suffoquante, Jeannine a l'idée d'aller interroger les religieuses de Domene. Une jeune religieuse s' intéresse à son problème: "Voyons voir; vous dites qu ‘elle a treize ans de plus que vous; nous allons essayer de trouver des personnes à partir de ce renseignement... "Ell es prennent l'annuaire du téléphone. A la quatrième tentative, la réponse devient en fin plus positive: "Ah! Oui; ce doit être Anne­ Marie Mingat: ma belle-sœur la fréquente; elle doit savoir où elle habite...".Le même  jour, à  neuf  heures  du soir, trente ans après l'épopée de la résistance, le téléphone sonne dans la maison de campagne où je passe mes week-ends.

"Allo, c'est Mimi? - Oui... -Ici, c'est Jeannine! - Jen connais, des Jeannine! Quelle Jeannine?"

 Et soudain, je comprends qui est au bout du fil et je crois mourir de saisissement. L'émotion des retrouvailles est immense. A partir de là, nous ne perdrons plus le contact.

Quelques années plus tard, en janvier 1983, Jeannine me téléphone et m’annonce qu 'elle effectue les formalités pour me faire avoir une décoration du gouvernement d'Israël:  La médaille des Justes. "Oh, lui dis-je, une médaille ... Si tu savais à quel point je déteste les médailles!" Et puis, j 'ai vu que cela lui faisait tellement plaisir. Elle a pensé aussi à maman, décédée entre­temps. Et un beau jour, le 7 février 1983, elle m'envoie une invitation et un billet d'avion en première  classe. Lorsque je descends à l 'aéroport de Tel­ Aviv, je ne connais que Jeannine et sa maman. J'entends derrière moi une passagère dire: "'Oh! Il y a quelqu’un qui est attendu ...". C'est alors que je vois les banderoles "BIENVENUE ANNE-MARIE" et le drapeau français! Toute la fa mille d 'HAIFA est là: enfants, oncles, tantes...

On a fait la fête et j’en ai profité pour visiter Israel d'une manière approfondie. Le 13 mars 1983, nous retournons à Jerusalem pour la cérémonie des Justes. Bien que j’ai horreur de cela, je dois prendre la parole. Mais ce qui m'a marqué le plus profondément, c'est la Crypte du Souvenir: C'est u n endroit lugubre, comme un grand hangar dont l 'intérieur est plongé clans l'obscurité avec, au centre, la flamme du souvenir. J’ai ravivé la flamme. Il y avait encore sur le sol u n grand tapis rouge car François Mitterrand était venu quelques jours auparavant. Un rabbin, tout vêtu de noir, récitait la prière des morts et c’était extrêmement émouvant. Cette flamme, cet endroit, ce rabbin ... je n’en pouvais plus d'émotion. Après cette cérémonie, nous sommes allés planter un arbre sur la "montagne du souvenir"; dans ce jardin, il y a maintenant une petite plaque au pied de cet arbre, portant les noms de "Anne­ Marie Lerme et sa mama n Marthe ". Ils m 'ont fait ensuite une fête incroyable avec journalistes, le consul de France, etc.

 

Posté par anacrisere à 16:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 avril 2018

8 mars héroïnes dauphinoises

Hommage aux héroïnes dauphinoises de la Résistance

Jeudi 8 mars 2018 – 10h30

DSCN1586

 

Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, a eu lieu au Mur du Souvenir, Place de la Résistance à Grenoble la traditionnelle cérémonie célébrant les Résistantes qui en Isère prirent part aux combats et à la libération du territoire durant la seconde guerre mondiale. Cette année, 200 enfants de l'école primaire Lucie Aubrac, accompagnés de leurs enseignants, ont participé à la cérémonie. Les élèves de CM1 ont écrit un texte sur Lucie Aubrac, ceux de CM2 un texte sur les femmes dans la Résistance. Ils ont récité, à tour de rôle, chaque phrase des textes avec beaucoup d'émotion. D'autres enfants de CM2 ont récité le beau texte de Marianne COHN " Je trahirai demain". Avant le dépôt des gerbes, ils ont, avec un chef d'orchestre interprété le Chant des Partisans. Ils conclurent, après la Sonnerie aux Morts et la Minute de silence, la cérémonie par la Marseillaise. L'assistance nombreuse, qui a accompagné l'hymne national, a été très touchée par la présence de ces jeunes qui ont, sans erreur et malgré l'ambiance solennelle certainement un peu impressionnante pour eux, réalisé une magnifique prestation. Bravo et merci à eux et à leurs enseignants. Au cours de la cérémonie, allocution de Martine Peters, Présidente de l'ANACR puis d'Eric Piolle, Maire de Grenoble. On notait, entre autres, la présence de Violaine Demaret Sous-préfète, Nathalie Beranger Conseillère Régionale, Catherine Kamowski député, Annie David ancienne Sénatrice, le Colonel représentant le Général de la 27e BIM, des membres des associations d'Anciens combattants, dont l'ANACR, leurs portes drapeaux.

 

 Eric Piolle, Maire de Grenoble : intervention

Madame la Secrétaire générale de la Préfecture Violaine DEMARET

Madame la Conseillère régionale Nathalie BERANGER

Madame la Présidente de l'ANACR Martine PETERS

Mesdames et Messieurs

Chers élèves et enseignants de l'école Lucie AubracJe suis heureux que nous soyons si nombreux rassemblés aujourd'hui place de la Résistance, avec autant d'enfants de l'école Lucie Aubrac présents pour cette occasion particulière. En cette journée internationale des droits des femmes, ensemble, nous voulons mettre dans la lumière toutes celles que l'on a appelé « les femmes de l'ombre ». Dans l'ombre de notre histoire, mais aussi dans l'ombre de notre mémoire. L'histoire, sur bien des sujets, s'écrit encore trop souvent au masculin. En ce début de 21e siècle, regarder l'histoire avec justice, c'est ne pas se limiter aux grands hommes, c'est rendre toute leur place aux femmes, qu'elles soient anonymes ou célèbres. Il y a encore du chemin, nous avançons ! Ici, avec vous, ce matin de mars, je veux rendre hommages à ELLES, à TOUTES CELLES, à VOUS TOUTES qui avez fait notre pays, notre ville, vous qui êtes trop souvent dans le silence et dans l'ombre de l'histoire.

Ces femmes remarquables, ce sont aussi celles qui ont été Résistantes pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles étaient parfois institutrices, ouvrières ou commerçantes. D'autres étaient femmes au foyer, artistes ou agricultrices. Peu importe leur métier, peu importe si elles étaient riches ou pauvres, toutes un jour ont décidé de résister contre le nazisme. 

Je pense que les enfants, vous savez ce qu'ont fait ces Résistantes ?Certaines ont caché des Juifs, des enfants et des adultes, ou bien d'autres Résistants. Elles les ont soignés, nourris en cachette. Certaines ont fabriqué de faux papiers. D'autres ont écrit des articles en secret, pour diffuser les idées de la Résistance. D'autres encore ont combattu les Nazis avec des armes.

 Toutes ces femmes ont pris des risques immenses, vous le savez. D'ailleurs elles-mêmes le savaient aussi. Elles savaient qu'entrer dans la Résistance, c'était prendre le risque d'être arrêtées, torturées, parfois déportées et tuées. Et pourtant, avec un très grand courage, elles ont fait ce choix-là.

On connait aujourd'hui le nom de quelques-unes de ces Résistantes. Je sais que vous connaissez Lucie AUBRAC en particulier, puisque votre école porte son nom. Elle a été une grande Résistante notamment à Lyon. Vous en connaissez peut-être d'autres aussi, de Grenoble et des environs, même si toutes ne sont pas aussi célèbres. Toutes n'ont pas leur nom dans les livres d'histoire, ni d'ailleurs sur les plaques de nos rues ou sur les écoles de la ville. Elles sont nombreuses à être restées discrètes sur leur engagement.

 Alors aujourd'hui, je veux citer le nom de quelques-unes de ces Résistantes, pour leur rendre hommage. 

L'une d'entre elles s'appelait Marie REYNOARD. Elle était professeure au lycée Stendhal à Grenoble. Elle a réalisé des actions de sabotage, elle a transmis des messages secrets, en changeant plusieurs fois de nom. Elle est morte au camp de Ravensbrück, après avoir été mordue par un chien lancé contre elle par les gardes du camp.

Je veux citer le nom de Paulette JACQUIER, dite Marie-Jeanne. Elle a créé un groupe de Résistants à La Frette, elle a mené des combats armés. Elle a été dénoncée aux Allemands par des miliciens, elle a réussi à échapper à la Gestapo avant d'être arrêtée et de réussir à s'échapper.

 Je veux parler aussi de Gabrielle GENEVEY. Elle ne pouvait pas supporter la chasse aux Juifs et l'arrestation de familles entières. Alors elle a décidé de fabriquer des papiers pour la Résistance avec l'aide de son amie, secrétaire à la Mairie de La Tronche. Elle a prévenu aussi les familles pour qu'elles puissent fuir les arrestations. Elle a ainsi sauvé 1 500 personnes.

 Je veux parler aussi de Simone LAGRANGE, qui a diffusé des tracts de la Résistance alors qu'elle était encore une enfant. Elle a été arrêtée et torturée à l'âge de 13 ans, puis déportée à Auschwitz-Birkeneau. Elle a survécu et a pu revenir en France. Pendant toute sa vie, elle s'est engagée pour que plus jamais de telles horreurs ne puissent arriver. Pour lui rendre hommage, nous venons de donner son nom à la toute nouvelle école qui vient d'ouvrir à Grenoble.

 Et puis il y a eu aussi Marianne COHNRose VALLANDElise RIVETLéa BLAINLouise COLLOMBMarguerite GONNET... et de nombreuses autres femmes anonymes.

 Ce qu'elles ont fait est exceptionnel. C'est d'autant plus exceptionnel que vous le savez les enfants, à cette époque, les femmes n'étaient pas encore reconnues comme des citoyennes à part entière, elles n'avaient pas encore le droit de vote ! Et pourtant elles ont prouvé qu'elles étaient capables de s'engager avec un très grand courage pour défendre ce que nous avons de plus précieux : la liberté.

 Aujourd'hui, en ce 8 mars, nous pensons à ces femmes Résistantes. Nous pensons aussi à toutes les filles et les femmes qui se sont battues et qui se battent encore pour les droits, pour l'égalité et la liberté, à Grenoble, en France et partout dans le monde.

 Les enfants, je sais que vous avez travaillé pour cette cérémonie, en préparant des lectures de textes et de poèmes, des chants. C'est une chose importante et pour cela en tant que Maire de Grenoble, je tiens à vous dire à chacune et chacun de vous : merci. Merci d'être ici aujourd'hui. Merci de rendre hommage à votre tour aux héroïnes de la Résistance, à leur courage, à leur sacrifice. Je souhaite que leur exemple nous donne la force de continuer à lutter nous aussi pour les valeurs de la République : la liberté, l'égalité et la fraternité. Je vous remercie.

 

Martine Peters, Présidente déléguée départementale de l'ANACR : intervention

La journée internationale des droits des Femmes est célébrée partout dans le monde le 8 mars. Née en 1909 de l'histoire des luttes féministes menées sur les continents européens et américain, c'est une journée mettant en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes. En 1977, les Nations Unies officialisent la journée, invitant tous les pays de la planète à célébrer cette journée en faveur des droits des femmes.

Si l'ANACR, ainsi que l'amicale des FTPF et la FNDIRP, ont souhaité, depuis 2011, qu'en ce jour, une cérémonie soit organisée, avec la municipalité grenobloise, devant cette plaque, ce n'est pas anodin. En effet, qui mieux que les Résistantes incarnent la lutte des femmes pour leur émancipation, leurs droits, leurs revendications. Qui mieux que les Résistantes ont prouvé que le courage, l'engagement  ne sont pas une histoire de sexe, de rang social, de nationalité,  mais de convictions, d'idéaux, de valeurs. Qui mieux que les Résistantes ont, durant les années de guerre, prouvé qu'égales aux hommes, elles pouvaient combattre, vaincre et souvent mourir. Les femmes engagées  dans le combat libérateur durant la Seconde guerre mondiale ont mené de terribles luttes pour la paix, la liberté, l'égalité, le respect de leur dignité, le droit de voter afin, ainsi, de participer à la création d'une société nouvelle voulue par les hommes du CNR, voulue par le peuple, pour le peuple. Le combat résistant des femmes, du plus modeste au plus glorieux, et hélas la déportation, conséquence tragique de leur engagement, que nombre d'entre elles subir, nous font obligation de transmettre leur mémoire. Et pourtant sur 1036 compagnons de la Libération, seules 6 femmes furent distinguées par le Général de Gaulle et reçurent la Croix de la Libération. En Isère, elles furent nombreuses à se lever et prendre leur place aux cotés des hommes.  Pourtant peu ont reçu la reconnaissance qu'elles méritaient, peu ont laissé leurs noms dans notre historie dauphinoise. Il faudra bien, qu'un jour, soit gravée sur le marbre de nos villes, la mémoire de ces vaillantes. Il reste des rues, des places, des lieux à Grenoble et en Isère qui doivent porter les  noms de  celles que leur discrétion ont fait oublier. Les femmes qui choisirent de résister l'ont fait pour de multiples raisons, suivirent de multiples chemins, accomplissant de la plus humble à la plus dangereuse, les taches indispensables sans lesquelles, comme le disait le colonel Henri Rol Tanguy chef de l'insurrection parisienne, les Résistants n'auraient pas pu accomplir tout ce qu'ils ont fait. Les femmes résistantes n'ont écouté que leur conscience, elles ont joué un rôle déterminant pour le retour de la République.

Cette cérémonie, ce matin, revêt un caractère exceptionnel qui nous fait chaud au cœur. La présence d'enfants venus avec leurs enseignants témoigne que la mémoire reste vivante. Aux  professeurs des écoles, dignes héritiers de ceux, qu'à mon époque, on appelait instituteurs, qui se sont investis pour motiver leurs élèves, nous voulons dire, avec chaleur et émotion, nos remerciements de les voir porter cet espoir que nous entretenons depuis tant d'années : que les résistantes dauphinoises ne soient pas reléguées en une ligne dans les livres d'histoires ou pire, oubliées, mais qu'elles restent un phare pour les générations qui viennent. A ces garçons et filles réunis, qui ont appris poèmes et chants pour tisser un lien avec leurs déjà lointaines ancêtres, nous disons un grand merci. Maintenant, ces petits enfants connaissent mieux les acteurs qui ont écrit les pages sombres mais aussi  lumineuses de ce moment décisif de l'histoire. Ils vont devenir des ados et bien sur oublieront peu à peu, vivant au rythme de leurs préoccupations immédiates, mais nous voulons croire que la petite flamme citoyenne allumée aujourd'hui ne sera qu'endormie et que devenus, à leur tour, acteurs de leur vie et de celle de notre pays, ils la laisseront renaître, s'élever et briller pour réaffirmer que l'humain doit prévaloir. Ils se souviendront alors au détour d'une rue, en passant devant un monument, en lisant un livre, en voyant un film,  de ces hommes, ces femmes qui, dans la première moitié du 20siècle, lorsque les brouillards et les ténèbres envahissaient le monde ployant sous les bottes d'une horde de barbares, se sont engagés pour rendre à la France son honneur, rétablissant les valeurs nées de la Révolution française qui en ont fait le pays des droits de l'homme. Ils se rappelleront qu'un 8 mars de leur enfance, ils ont parcouru un bout de chemin avec  ces résistants dont ils chantent aujourd'hui le Chant de combat.

Mais nous devons aussi les mettre en garde car le monde actuel n'est pas celui qu'espéraient les combattants, combattantes, membres des mouvements et réseaux de la Résistance, du CNR, des FFI, des FFL, les déportés n'ayant jamais cessé, même au plus noir du désespoir dans les camps nazis, de croire en l'être humain. Ils aspiraient à l'établissement de sociétés  meilleures où le bonheur de tous prévaudrait sur le malheur, la souffrance, la misère. Nous voyons renaître les pires instincts et prospérer à nouveau  la xénophobie, le racisme, l'épuration ethnique, le fanatisme religieux, l'intégrisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, l'homophobie, toutes ces idées liberticides, parentes du fascisme, qui menacent les démocraties. Oubliant les leçons d'un passé de feu et de sang, dans de nombreux pays, les idées d'extrême droite s'ancrent à nouveau dans des parlements, des gouvernements et cela nous inquiète comme hier en Italie. Partout sur notre planète, sont mis à mal les principes d'égalité, de justice, de solidarité, de droit à la différence, d'accueil, de respect, de dignité humaine. Partout couvent des foyers de guerre, des vociférations guerrières s'élèvent, des régions entières subissent tirs de rocket, largage de bombes, destructions, populations massacrées. Ici dans notre pays si riche, si beau, des hommes, des femmes, des enfants vivent dans  des conditions effroyables dans la rue, survivent grâce aux restos du cœur. La pauvreté s'étale sous nos yeux, à nos portes, à nos cœurs ou ce qui est encore pire, derrière les murs lézardés de  nos villes, nos campagnes.  Et tant de nos concitoyens vivent avec la crainte du lendemain, tant de femmes se voient soumises à des violences, sont privées de leurs droits essentiels. Où sont passées les valeurs de la Résistance et l'espérance de Louis Aragon qu'un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange.

Alors demain, ces enfants qui sont notre futur, devront eux aussi s'indigner, se mobiliser, s'engager, résister parce que vivre à genoux n'est pas vivre, ils devront eux aussi comme nos glorieuses Résistantes,  prendre leurs destins en main, refuser l'inacceptable, faire valoir leurs droits, ceux des hommes et des femmes confondus, les droits inaliénables de l'humanité.

 Et pour les enfants qui tiennent notre avenir dans leurs mains voici quelques mots admirables de Jean Ferrat

 Picasso tient le monde au bout de sa palette

Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes

Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes

De dire qu'il est temps que le malheur succombe

Ma France

Posté par anacrisere à 12:39 - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 février 2018

Congrès national Dax 20.21.22 octobre 2017 - Résolutions

 

Congrès national de l'ANACR

Dax les 20,21 & 22 octobre 2017

 

Résolution d’Orientation Générale 

Réuni à Dax du 20 au 22 octobre 2017, le Congrès national de l'ANACR fait sien le mot d'ordre du Congrès : « Plus que jamais le besoin de mémoire et d'histoire » développé en sa séance d'ouverture par le rapport présenté par le Bureau National, qu'il approuve.

En 2018, s'ouvre à nouveau une séquence mémorielle de grands événements qui ont marqué la Seconde Guerre mondiale.

  • L'année 2018 sera en effet celle du 75ème anniversaire de la création du CNR et de la libération de la Corse, premier département métropolitain soustrait, en premier lieu par son insurrection, à l'occupation fasciste et nazie ainsi qu'au régime pétainiste,
  • L'année 2019 sera celle du 75ème anniversaire de la publication du Programme du CNR et de la Libération de la France,
  • L'année 2020 sera celle du 75ème anniversaire de la Victoire sur le nazisme et le fascisme japonais.

Soixante-quinze ans après ces événements majeurs pour l'histoire de la France et du Monde, force est de constater que le monde contemporain est fort loin des aspirations et des espérances des peuples, celle d'un monde en paix, celle d'une société humaniste, démocratique et solidaire, dans laquelle l'intérêt général primerait sur les intérêts particuliers, ce qu'exprima en France le Programme du Conseil National de la Résistance.

Le monde contemporain connait les guerres, notre pays s'est à plusieurs reprises trouvé impliqué dans plusieurs d'entre elles, en Afrique centrale et du Nord, il l'est aujourd'hui en Afrique Sahélienne, du Mali au Tchad, il l'est au Proche et Moyen-Orient, en Syrie, en Irak en premier lieu. En Asie Orientale, l'affrontement entre la Corée du Nord et les États-Unis menace de dégénérer en conflit nucléaire. Notre pays, en s'appuyant sur les institutions de sécurité collective mises en place à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, doit jouer un rôle moteur dans les initiatives à diminuer les tensions et à résoudre les conflits par la négociation dans le cadre de l'ONU.

Note société connaît le racisme et la xénophobie, la montée des intégrismes, l'aggravation des discriminations et des exclusions ; la solidarité à dramatiquement reculé, les intérêts particuliers ont pris d'évidence le pas sur l'intérêt général. Le monde et note société sont en crise, une crise qui depuis fin 2008 a pris sur le plan mondial une tournure aiguë, notamment dans plusieurs pays d'Europe, une crise qui, de par la désespérance sociale qu'elle suscite, s'est déjà traduite par la montée de l'extrême-droite fascisante dans quasiment tous les pays d'Europe dont le nôtre. Plus que jamais, il est nécessaire que les valeurs humanistes, sociales et de solidarité du Programme du Conseil National de la Résistance soient portées à la connaissance du plus grand nombre, en le diffusant le plus largement possible à l'occasion du 75ène anniversaire de sa publication en 2019.

C'est ce contexte qui a, s'appuyant sur une méconnaissance de l'Histoire, suscité un regain des idéologies que l'on aurait plus croire définitivement vaincues en 1945, un regain s'accompagnant dans plusieurs pays d'Europe centrale et d'une démarche négationniste de réhabilitation des régimes qui s'en inspirèrent, en France de celle du régime collaborateur pétainiste; en même temps que se développaient des poursuites judiciaires contre des anciens Résistants, contre des victimes de la barbarie nazie. Pire, les idées racistes, autoritaires, antidémocratiques ont parfois diffusé dans des formes dangereuses au-delà de l'extrême-droite. Les campagnes d'hostilité à l'égard des migrants fuyant la guerre, la dictature mais aussi la misère, la famine meurtrière se sont développées. S'appuyant sur la réalité du terrorisme barbare qu'il faut condamner sans la moindre réserve et combattre sans faiblesse, se multiplient les mesures sécuritaires, les remises en cause des libertés démocratiques, à l'instar de ce qui se fit à la veille de la seconde Guerre mondiale et dont les conséquences se firent dramatiques quelques mois, quelques années plus tard.

Cela monte, s'il en était besoin, la nécessité de transmettre la connaissance de ce qu'a été la réalité monstrueuse du fascisme lorsqu'il a été au pouvoir du début des années 1920 à 1945, de ce à quoi ont mené durant cette période les atteintes à la démocrate et les discriminations racistes, la misère sociale conduisant nombre de ceux qui en furent victimes à prêter une écoute aux démagogues.

Face à cette montée de l'extrême-droite, à ces résurgences du fascisme dans tous les pays européens du Nord ou du Sud, de l'Est ou de l'Ouest, ce dont témoigne l'audience que les partis qui s'en réclament recueillent sur le plan électoral, il est souhaitable que puissent être réunies les conditions d'une réponse coordonnée de celles et ceux qui se réclament à travers l'Europe des valeurs de la Résistance à cette menace qui grandit En premier lieu dans le cadre de la Fédération Internationale des Résistants (F.I.R.) dont l'ANACR devient membre associé.

Cela montre aussi la nécessité d'être vigilants à l'égard du négationnisme falsificateur, et de toute tentative d'exonération du fascisme de ses crimes. Cela montre surtout celle de transmettre la mémoire des combats de ceux qui s'opposèrent au fascisme, souvent dès avant-guerre, de ceux que l'Histoire a appelé les Résistants et qui contribuèrent puissamment à l'abattre, de transmette les valeurs qui les motivèrent et qu'exprime le Programme du CNR, dont la mise en œuvre à la Libération des mesures qu'il préconisait permit des avancées démocratiques, économiques et sociales qui, malgré les remises en cause qui intervinrent très tôt, restent encore aujourd'hui dans de nombreux domaines des acquis à défendre.

2018, 2019 et 2020 seront donc des années marquantes pour la mémoire, l'ANACR devra être activement présente à ces rendez-vous pour continuer le combat antifasciste qu'elle n'a cessé de mener depuis 70 ans, pour faire connaître, garder vivantes aujourd'hui, pour faite vivre demain les espérances de la Libération et de la Victoire.

Pour mener ce combat antifasciste, l'ANACR, dont le pluralisme est fondateur et consubstantiel, est par là-même le cadre permettant à toutes celles et ceux, de toutes opinions démocratiques, que révoltent le fascisme, la xénophobie, le racisme et le bellicisme de se rassembler, au-delà de leurs différences de conception de la société, d'optons philosophiques ou de croyances, autour des valeurs humanistes, démocratiques et patriotiques de la Résistance.

Pour autant, cela n'exclut pas de mener sur la base de valeurs partagées des actions communes avec d'autres structures dès lors que cela respecte note pluralisme et surtout ne cantonne pas de facto l'ANACR dans un seul secteur de l'opinion démocratique, ce qui serait contraire à sa nature à son rôle, et à sa mission.

Pour mener ce combat, l'ANACR est une nécessité, cela passe d'abord par l'action, qui est tout à la fois un moyen de diffuser ses orientations et un moyen de recruter de nouveaux adhérents, de former de nouveaux cadres, cela passe par l'utilisation des nouveaux vecteurs de la communication tels ceux qu'utilisent en priorité les jeunes générations, sans négliger les anciens qui gardent leur audience. Le site et le Journal de la Résistance ne sont pas antinomiques, ils doivent être complémentaires.

Plus que jamais, notre société et notre vie démocratique ont besoin de l'exemple des Résistants et des valeurs de la Résistance, nous en serons encore davantage les passeurs.

DAX, le 22 octobre 2017

 

Rapport de la commission transmission de la Mémoire

 Au congrès de Brive, il avait été décidé la mise en place d'un véritable site Internet national de l'ANACR. La commission se réjouit, d'une part de la réflexion menée ces trois dernières années (avec, y compris, un stage) et, d'autre part, de la nomination d'un responsable national (Antoine Poletti) pour sa réalisation.

Il en est de même pour les relations avec les milieux historiens (APHG, Maîtron, Blois, etc.).

Outils

  • Prévoir un texte national de l'ANACR à l'usage des enseignants sur le thème annuel du CNRD et sur les valeurs de la Résistance.
  • Il serait souhaitable que les comités départementaux ajoutent un supplément local.
  • Avec ses moyens, chaque comité pourrait exploiter son capital mémorial afin de produire des outils documentaires sous quelque forme que ce soit.
  • A l'image de certains départements, il pourrait être intéressant que chaque comité mette en place des valises documentaires qui ne serviraient pas uniquement pour l'Éducation nationale, en partenariat, par exemple, avec des médiathèques.
  • De manière générale, nous encourageons les partenariats divers avec les troupes de théâtre, centres pénitentiaires, PJJ...afin de toucher un plus large public.

CNRD

  • Le congrès de l'ANACR s'inquiète des menaces pesant sur le concours.
  • Il considère comme problématique la place plus que réduite des associations de Résistants et de Déportés dans l'organisation du concours.
  • Il constate d'importantes disparités de situation selon les rectorats.

27 mai

  • La commission a échangé sur l'organisation de la journée nationale de la Résistance. Ces échanges montrent son implantation grâce à des initiatives variées et souvent originales de nos comités. C'est une affirmation de notre présence au niveau local.
  • Mais le combat dont l'ANACR a été le fer de lance pour l'instauration du 27 mai reste un combat pour bon nombre de comités aux prises avec certaines municipalités qui refusent de l'organiser, d'y assister ou évincent la prise de parole de l'ANACR.
  • La commission relève l'importance du travail des recherches historiques des comités qui permettent d'ancrer le 27 mai dans l'histoire locale.

Numérique

  • On note une certaine inquiétude quant à l'usage des outils de communication, notamment le site Internet.
  • Il est émis le souhait que celui-ci devienne un réel outil de communication pour l'ANACR mais aussi une banque de données avec une partie accessible aux seuls membres de l'association afin de pouvoir échanger nos expériences et mutualiser nos compétences.
  • L'utilisation des réseaux sociaux apparaît inévitable afin de poursuivre notre travail de mémoire. Elle permet de toucher des personnes qui n'auraient pas accès à notre message autrement.
  • Il est bien évident que l'utilisation de ces outils nécessite la compréhension puis la maîtrise de gestion du site afin d'éviter tout problème en raison des commentaires.
  • La mise en place d'un réseau de veille afin de contrôler et contrecarrer surveiller les propos négationnistes et/ou fallacieux tenus sur la Résistance doit être envisagée.

 

Posté par anacrisere à 17:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]