Mouvements en Isère
Le Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France pour l’Isère et les Hautes Alpes
En ce début 1941, les Fontanilois ne se doutaient pas que leur commune allait entrer dans l’histoire de la Résistance Dauphinoise.
Fernand Vigne, responsable du PCF clandestin, charge André Dufour en juin 1941 de constituer le Front National de Lutte pour l’Indépendance de la France, pour l’Isère et les Hautes Alpes,appelé pendant la Résistance Front National (FN). Le but était de rassembler largement des Patriotes sans considération de leur appartenance politique ou religieuse, mais ayant le même objectif : rejeter l’envahisseur nazi hors de France et rétablir la République.
Le sénateur RPR Jacques Debu-Bridel, décédé en octobre 1993, a écrit « Le Front National de lutte pour l’Indépendance de la France s’affirme très rapidement comme le principal mouvement de la Résistance. Des adhésions lui arrivent de partout et de milieux les plus divers…Des personnalités telles que Louis Marin, François Mauriac, Monseigneur Chevrot, Le Révérend-Père Philippe Provincial des Carmes, Le Professeur Debré, Louis Aragon, Pierre Villon, Joliot-Curie, et moi-même et bien d’autres ont rejoint le Front National de la Résistance…. Rien de plus naturel. Il s’agissait de se battre. Or, presque seul le FNR prônait l’action immédiate, seule son armée les FTPF la pratiquait systématiquement. Ce fut un bond en avant important vers l’unité, retrouvailles, contre le seul ennemi d’alors, d’hommes hier encore de formation opposé, de conviction et de croyances si diverses... Cet élan eut un profond retentissement au sein de la délégation de France Libre et fit grande impression au Général de Gaulle lui- même…. »
Pour atteindre l’objectif qui lui a été fixé, André Dufour pense immédiatement à son ami Paul Monval. Ce dernie a un passé d’antifasciste et a déjà affronté la répression. Arrêté en juin 1940 pour "défaitisme" il est emprisonné à la prison St. Joseph de Grenoble, puis libéré un mois plus tard, sans jugement. Le gouvernement de Pétain le fait révoquer de son emploi de directeur. Il occupait cette responsabilité depuis la création du Crédit Agricole en 1929. Dufour sait que Paul sera un ardent rassembleur d’hommes et de femmes dans la plus large union. La réunion fondatrice a eu lieu au Fontanil, dans le magasin que tenaient Marguerite et Paul Monval début juin 1941. Outre, Paul, Marguerite Monval, André Dufour, il y a Debout, Jacques Royer. Paul est désigné le premier responsable.
Paul Monval
L’organisation se renforce, au fil des mois, par les adhésions du Dr Payerne, d’Antoine Legros, Duvillard et Louis Chevallet qui sera le représentant du FNR au Comité Départemental de Libération Nationale (CDLN) où il jouera un rôle très important à côté d’autres membres du FNR, Pierre Flaureau "Pel", Eugène Boussant-Morin Chef d’entreprise qui sera désigné à la Libération Maire-Adjoint au Maire de Grenoble, Chafoix, Ruyssel, l’abbé Gaillard, Georges Cabanes, ces personnalités et bien d’autre rejoignent le FN. Comme nous le constatons, à la lecture des noms, l’éventail politique et religieux est large, les communistes minoritaires. De nombreux tracts nationaux ou FN Isère furent diffusés, d’autres en collaboration avec les diverses organisations de Résistance de l’Isère.
En février 1942, le FN crée chez les Monval avec André Dufour, le journal clandestin Les Allobroges. Ce journal clandestin sera imprimé à Grenoble et diffusé dans le Dauphiné de février 1942 au 22 août 1944. Il est d’abord tiré sur duplicateur à encre chez Royer, puis tiré à l’imprimerie de "Sud-Est Sport" au début de l’avenue Edouard Rey. Puis par sécurité il est transféré dans une fabrique "Perlette" avenue d’Eybens (aujourd’hui avenue Jean Perrot) qui produisait de la poudre pour faire la lessive. Les Allobroges, ont été tiré jusqu’à 25 000 exemplaires, grâce à des règles de sécurité très sévère, jusqu’à la Libération.
Le magasin des Monval devient un relais pour de nombreux responsables de la Résistance nationale, du PCF, du FNR, des FTPF, du Secours Populaire, des Femmes de France. Malgré tout le mouvement qu’engendrait le va et vient de personnes inconnues, les habitants du village, sont restés discrets. Faire à manger à ces passagers n’était pas facile dans cette période où tout était vendu avec des tickets. Marguerite nous racontait que des personnes participaient avec discrétion au ravitaillement. Par exemple M. Magnin maire et minotier fournissait de la farine, M. et Mme Pellorce, des légumes, des lapins, M. Doriol instituteur-secrétaire de mairie procurait de faux papiers d’identité…
Le 15 janvier 1944 pour raison de sécurité Paul Monval doit quitter l’Isère. Il est nommé responsable du FNR du Vaucluse. Georges Cabanes "d’Assas" le remplace. Paul Monval est arrêté à Avignon le 6 mai 1944. Il est inculpé notamment de l’organisation du sabotage de 17 locomotives du dépôt d’Avignon et de fourniture d’armes aux FTPF. Transféré à la prison de Marseille, puis à Compiègne, il est déporté à Neuengamme en Allemagne, devenant le matricule 39600. Paul est libéré avec ses camarades à Sandbostel prés de Brême par les forces anglaises le 29 avril 1945. Ayant le typhus, très malade il est soigné en Allemagne. Il est rapatrié par avion sur l’hôpital Tenon à Paris. Il rentre au Fontanil fin juin 1945. Il retrouve son épouse qui n’a pas cessé son activité de Résistance et apprend qu’après tant de combats, l'équipe rescapée des ''Allobroges'' était sortie de la clandestinité le jour de la Libération de Grenoble le 22 août 1944, et avec à sa tête Debout, s’installait à l’imprimerie du "Petit Dauphinois" qui venait d’être frappé d’interdiction pour collaboration.
Le 23 août 1944 enfin libre, au petit matin paraît ‘’Les Allobroges ‘’ grand quotidien de la Résistance-Unie, organe commun du Front National de la Résistance et du Mouvement de Libération Nationale, après deux ans et demi de clandestinité. C’est grâce à la détermination des membres du FN, en particulier de Pierre Flaureau (Pel) et Louis Chevallet (Benoit) que se constituera le CDLN de l’Isère le 25 janvier 1944 à Meaudre. Le FN, à l’issue de la réunion Monaco est chargé de transmettre à toutes les organisations de Résistance le compte rendu de la réunion
Sources : Dossier réalisé par Alfred Rolland 8.2001 - Archives des Anciens FTPF et du FNR - Texte manuscrit de Marguerite Monval - Levés à l’Aube Paul Billat 1978
plaque apposée pour le 50 anniversaire de la constitution de FNR, sur le mur du l’ancien magasin des Monval, Place de la Fontaine,
