Le 17 mai, à Fontaine a eu lieu la cérémonie en hommage à Antoine Polotti et Marco Lipszyc.
Andrée Lnacha, membre du Bureau Départemental de m'ANACR est intervenue devant la plaque en hommage à ces deux chefs FTPF.

Le 17 mai 1944, ici même à Fontaine, il est 14 heures : quatre voitures s’arrêtent d’où surgissent des feldgendarmes accompagnés de miliciens. Ils encerclent la maison Poulet. A cette heure s’y trouvent réunis des Résistants, des responsables au plus haut niveau, le Comité Régional des FTP.  Ils sont quatre, parmi eux Marco Lipszyc alias Commandant Lenoir, responsable militaire des FTP de l’Isère, Antoine Polotti, alias capitaine Georges, responsable politique.

Les assaillants hurlent « Police allemande » ! et ouvrent le feu. Polotti est tué. Lipszyc, grièvement blessé est fait prisonnier. Il sera fusillé après avoir été longuement torturé, le 21 juillet à Seyssinet, au Pas de l’Ecureuil.

Au printemps 44, une terrible répression frappe la région Rhône-Alpes. C’est  que l’activité des Résistants est particulièrement intense, que le débarquement des alliés est proche, chacun le sait, en particulier les nazis et leurs comparses. Les historiens Suzanne et Paul Sylvestre rappellent que les nazis circulent dans des camions aux cabines blindées, que les miliciens ne partent en expédition que sous la protection de la Wehrmacht. L’énergie du désespoir tourne à l’horreur.

Les 14, 15 et 16 mai, Klaus Barbie et ses sbires ont arrêté, après dénonciation, plusieurs membres du Comité militaire de la zône sud et le quasi-totalité des membres de l’Etat-Major FTP de la région Rhône-Alpes. Les responsables de la réunion de Fontaine, inquiets, selon des témoignages, envisageaient de se protéger en prenant le maquis.

Mais qui étaient Polotti et Lipszyc dont nous honorons aujourd’hui la mémoire ?

Marco Lipszyc était né en Pologne, à Lodz, le 26 novembre 1912, dans une famille juive, aisée, dont  la quasi totalité fut exterminée dans les  camps de la mort.  Très jeune, il est attiré par la politique dans cette grande ville ouvrière où les revendications populaires se heurtent aux forces de police et à l’antisémitisme. Il entre dans des mouvements de jeunesse socialistes puis communistes. Rapidement, après son baccalauréat et quelques études de médecine il quitte la Pologne et sa famille, non sans avoir purgé un emprisonnement pour idées subversives.  Une ville l’attire, Paris, la patrie des droits de l’Homme. Il y arrive en 1933, vivant de petits boulots et on l’imagine participant avec des milliers d’autres à la période exaltante du Front Populaire. En 1937, il est communiste et comme tant d’autres communistes de tous les pays ses yeux se tournent vers l’Espagne en lutte contre le fascisme. Il s’engage dans les Brigades Internationales où il deviendra officier tankiste. C’est là qu’il fait la connaissance d’un jeune brigadiste, Antoine Polotti.

Antoine Polotti était né à Iséo, en Italie, le 21 juin 1913. Son père, maire socialiste d’une petite ville, avait fui son pays devant le fascisme mussolinien et s’était exilé en France, en Meurthe et Moselle, avec sa famille. Antoine grandit en France, adhère aux jeunesses communistes puis au Parti Communiste en 1935. Ouvrier aux aciéries de Longwy, il entame une carrière syndicale qui le conduit très rapidement aux plus hautes responsabilités c’est à dire à la tête du syndicat des métaux  du bassin de Longwy. Il décide lui aussi de partir se battre pour défendre la République espagnole. C’est donc avec le même idéal antifasciste et internationaliste que ces deux jeunes militants d’une vingtaine d’années se rencontrent, loin de leur patrie d’origine mais porteurs des mêmes valeurs révolutionnaires.

De son côté, à son retour d’Espagne en 1938, alors que la mission des Brigades Internationales a pris fin, et que la patrie de Lorca va tomber sous le joug des franquistes, Marco Lipszyc quitte Paris pour, parce que ses poumons sont malades et que l’air des Alpes lui est recommandé, se rendre dans notre région. Après une période de repos et quelques expériences de travail à Grenoble, il est employé chez Merlin Gerin et resserre ses liens avec le PC. 1939 c’est la déclaration de guerre. Marco s’engage comme volontaire et est affecté à la Légion Etrangère, n’oublions pas qu’il est étranger. Il se bat héroïquement pour la France et reçoit la croix de guerre avec citations. Lors d’un colloque organisé par l’historien Pierre Bolle en 1987 le beau-frère de Marco, Jean Rolland,  - Marco avait épousé en 1941 une jeune fille de Mens, Denise Rolland,  disait : « Il s’est engagé en août 1939, non pour se mettre en règle avec le gouvernement français mais parce qu’il luttait contre Hitler ».

De retour à la vie civile, il ne quitte pas pour autant le combat mais le poursuit dans la Résistance où sa situation d’étranger à la fois Juif et communiste rend la tâche plus que difficile...même si le fait d’avoir été engagé volontaire milite en sa faveur. Comme Paul Billat le rappelle : « Marco Lipszyc participe activement à la Résistance. Dans le cadre de l’usine Merlin Gerin, c’est la détérioration à retardement des transformateurs destinés à la Marine allemande...en dehors de l’usine, il participe aux récupérations d’armes, d’explosifs, aux sabotages divers….En Dauphiné, il participe à la constitution de plusieurs groupes de bataillon M.O.I. En février 1944, ...il est  Commissaire aux Opérations dans l’Etat-Major  des FTPF ». Son expérience du terrain et ses qualités de chef unanimement reconnues font qu’il devient le Commandant Lenoir, comme l’attestera Charles Tillon,

Notre camarade Alfred Rolland, ancien FTP, dans son ouvrage La Résistance aux portes de Grenoble, rappelle un propos de l’ancien  Président de l’ANACR, Pierre  Fugain. Ce dernier s’adressait en ces termes à Monique Rolland -sœur de Jean Rolland et Résistante sous les ordres du Commandant Lenoir, à qui il remettait la Croix de l’Ordre du Mérite : « Le hasard te fit croiser la merveilleuse et tragique trajectoire de Lipszyc qui va de la prison de Varsovie à la fusillade de l’Ecureuil. Eblouie par les qualités de Marco, tu découvres, à travers lui, que la Résistance est l’heureux mariage, tant de raison que de passion, de l’antifascisme et du patriotisme ».

Si on nous le permet, c’est aussi sous ce double signe que va s’accomplir la deuxième rencontre de Marco Lipszyc et d’Antoine Polotti.

Polotti, Français par naturalisation, avait été appelé sous les drapeaux en 1939 et avait comme son camarade de combat des Brigades reçu la Croix de Guerre avec citations. Après la démobilisation, il avait repris ses activités syndicales et politiques dans la clandestinité en Moselle.

Pourquoi se retrouve-t-il dans notre région où Lipszyc avait fondé une famille ? Pendant la lutte contre le nazisme, le parti communiste qui avait une grande expérience de la clandestinité, désireux de déjouer la traque implacable de l’ennemi, avait pour stratégie de déplacer ses cadres, de les envoyer exercer leurs fonctions clandestines dans d’autres départements, d’autres régions que les leurs pour participer à la Résistance.  C’est ainsi qu’Antoine Polotti, après avoir représenté le PC  dans le sud-ouest puis dans l’Isère en  devint le secrétaire général en 1943. Il devient aussi le Capitaine Georges chez les FTP en tant que commissaire aux effectifs régional.

Marco Lipszyc et Antoine Polotti illustrent bien le vers de Louis Aragon Etrangers et nos frères pourtant du poème L’Affiche rouge, écrit en 1955 à la mémoire du groupe Manouchianvers que rappelle la plaquette de Claude Collin consacrée à Marco Lipszyc.

Ces deux héros, Marco Lipszyc et Antoine Polotti, l’ANACR  a tenu à leur rendre hommage aujourd’hui une fois encore parce que les valeurs qui étaient les leurs sont aussi les nôtres. Je rappelle que le 27 mai prochain aura lieu la Journée Nationale de la Résistance, devenue officielle le  19 juillet 2013 et célébrée officiellement le 27 mai 2014 après une bataille menée pendant plus de 25 ans par l’ANACR.

Cette date du 25 mai célèbre l’anniversaire de la première réunion clandestine du Comité National de la Résistance sous la présidence de Jean Moulin. Le général de Gaulle déclara : « La création du CNR fut un événement capital ».

Le CNR élabora un programme fondé sur les valeurs universelles qui sont encore à la base de notre pacte social : valeurs patriotiques, démocratiques, sociales et humanistes. Ces valeurs pour lesquelles se sont battus jusqu’à en mourir Marco Lipszyc et Antoine Polotti sont celles que l’ANACR, association plurielle, passeur de mémoire, se donne pour mission de transmettre.

Il n’échappe à personne qu’elles sont, de nos jours, particulièrement menacées dans une société où l’on constate la montée du racisme et de la xénophobie. Les principales victimes en sont les immigrés et réfugiés à propos desquels certains discours du FN ou de la droite extrême n’hésitent plus à parler d’invasion et menaces contre notre identité nationale. Toutes positions suscitant des manifestations d’hostilité voire de graves violences à l’égard de composantes notamment maghrébines et africaines de la population française, tels les jeunes des banlieues, nés et élevés en France, par ailleurs victimes de discriminations sur le plan de l’emploi et du logement.

On ne saurait oublier les actes d’agression spécifique à l’égard des membres de la communauté juive dont les deux exemples récents et inqualifiables de   Mireille Knoll et Sarah Halimi hantent nos esprits. On ne saurait oublier non plus que  la France,  ce samedi 12 mai, a été meurtrie une fois encore par un crime s’inscrivant dans un discours djihadiste hostile à l’égard de tous les «  infidèles », qu’ils soient Juifs, chrétiens bouddhistes ou athées. Tout ce que nous venons d’évoquer s’ajoute à la dangerosité internationale qui ne cesse de nous interpeller. La brutalité de la politique extérieure du président des Etats-Unis, Donald Trump, est un motif de grave préoccupation dans le monde entier, qu’il s’agisse de sa décision de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ou de ses initiatives incendiaires au Moyen Orient, vis-à-vis de l’Iran ou de la Palestine.

Alors quel est le rôle de l’ANACR ? Bien sûr, elle doit transmettre l’Histoire de la Résistance aux jeunes générations. Elle est porteuse de la mémoire des combats et des valeurs de la Résistance et, par là même, elle se doit d’être vigilante à la préservation de la paix internationale. Comment ne pas méditer cette pensée de Paul Valéry : « La mémoire est l’avenir du passé ».

 Andrée Lancha