Le 17 mai à Fontaine,22 Avenue Jean Jaurès, a eu lieu la cérémonie en hommage à Antoine Polotti commissaire aux effectifs et Marco Lipszyc commissaire aux opérations tous les deux membres de la direction des FTPF en Isère.
Intervention de Martine Peters Présidente départementale Déléguée :

 Comme chaque 17 mai, nous venons ici rendre hommage à la Résistance et à deux de ses martyrs. Cependant, cette année 2017 n’est pas une année comme les autres, cette année a été et reste celle de tous les dangers. En effet, les élections Présidentielles, avec une campagne électorale inouïe, ont montré que nombre de nos compatriotes ne se reconnaissent plus dans les valeurs de la République. Les idéologies qui ont engendré l’effroyable carnage du 20ème siècle renaissent, le racisme, la xénophobie, le refus des différences continuent à se répandre comme les plaies de l’Egypte. La banalisation du FN et de ses idées liberticides, dans les médias comme dans le discours de nombreux hommes politiques qui par conviction ou surenchère démagogique à visées électoralistes, s’en font parfois l’écho, est particulièrement inquiétante, pour preuve plus de 10 millions d’électeurs, bien plus qu’en 2012, qui, sans problème de conscience, ont voté pour la candidate du Front National. Comme Hercule nettoyant les écuries d’Augias avec  les eaux des fleuves,  la présidente du FN dans un flot de contre-vérités, de mensonges, d’omissions, veut  faire croire à un parti nouveau, sans passé, sans passif, en rupture d’extrême droite, un parti démocratique, républicain et social, cherchant à dédiaboliser cette vieille baderne outrancière, convoquant les grandes figures de la gauche, comme  Jean Jaurès, Jean Zay et offense suprême Jean Moulin, distordant l’histoire pour nourrir ses fantasmes récurrents de France pure, blanche, catholique. Pourtant même relooké couleur  pastel, le FN demeure le digne héritier des ligues fascistes d’avant-guerre, recyclant les idées nauséabondes vert de gris de Maurras, appelant à la haine, à l’exclusion, à un nationalisme exacerbé. L’ampleur de la crise morale, sociale et de la démocratie que connaît notre pays, très largement la conséquence de la remise en cause - encore accentuée cette dernière décennie - du pacte social et républicain mis en place à la Libération en s’inspirant du Programme du Conseil National de la Résistance, de la remise en cause des principes de maintien de la paix, de coopération entre les nations et de solidarité entre les peuples concrétisés par la création de l’ONU en 1945 lui ouvre un boulevard. Bien qu’écarté du pouvoir suprême pour cette fois, il va revenir lors des élections législatives et c’est pourquoi notre vigilance doit demeurer constante. Pour enfoncer le clou et montrer le vrai et hideux visage du danger frontiste ou de quelque nom dont il va s’affubler, l’ANACR s’appuie sur l’histoire de la Résistance, sa vérité, ses enjeux, ses aspirations, ses réalisations et se prononce pour une société juste et fraternelle, pour un monde pacifique et solidaire

Voilà le sens profond de notre présence ce soir : Etre fidèles aux valeurs humanistes, patriotiques et démocratiques de la Résistance, ces valeurs qui ont inspiré la lutte des Résistantes et Résistants, ces valeurs que Georges commissaire aux effectifs et Lenoir commissaire aux opérations, tous deux responsables FTPF, portés en eux, forgeant leur légende des premières révoltes à ce jour tragique de mai  1944. Nous sommes là pour qu’au-delà de la commémoration annuelle convenue, par un véritable travail militant, se transmette aux plus jeunes, ce que fut leur combat, ce que fut la Résistance et son héritage.

La mémoire est un enjeu idéologique, un combat qu’il faut mener sans concession, sans transiger, sans compromission afin de forger la conscience des citoyens d’aujourd’hui mais surtout de demain. Ainsi nous pourrons montrer le vrai et hideux visage des partis d’extrême- droite.

Le temps ravageur fait son œuvre, les témoins de cette époque sont de moins en moins nombreux, les  visages d’Antoine et de Marco ne sont plus que des photos aux tons fanés, leur histoire s’éloigne.

Alors il faut redire, encore, avec les mêmes mots, les vies qui se sont figées il y a 73 ans, sous les coups de la barbarie. J’éprouve toujours la même émotion en parlant d’eux,  parce que ces hommes au parcours exceptionnel, sont le symbole de ce que furent les Résistants et les Résistantes, engagés dans les combats libérateurs, engagés parce qu’avant tout communistes, engagés parce que voulant un monde de paix, de liberté, de justice, engagés parce qu’après la honteuse capitulation de Pétain, refusant la défaite, l’occupation des troupes nazies et la collaboration de Vichy, ils veulent « faire quelque chose » pour leur pays, celui des droits de l’homme qui leur avait ouvert les bras.  

Pour se souvenir et commémorer il faut savoir.

Les 14. 15 et 16 mai 1944, à  Lyon, à la suite d’une trahison, la quasi-totalité de l’état- major de l’inter région FTP de la Zone sud, sauf  3 membres, sont arrêtés par les hommes de  Klaus Barbie. Cela va entraîner des arrestations en cascade. En Isère aussi, les chefs FTPF se sentant menacés, l’Etat-major FTP décide de quitter l'agglomération grenobloise et de prendre le maquis. Le Comité militaire régional des FTP (Isère /Hautes Alpes) se réunit à 14 heures dans l’appartement de la famille Poulet. Un quart d’heure après le début de la réunion, 3 voitures de la Milice et 1 de la Gestapo s’arrêtent devant l’immeuble. Au court de l’échange de coups de feu, Polotti est abattu, Lipszyc blessé, est conduit à l’hôpital militaire de la Tronche, soigné,  puis transféré à l’hôtel Gambetta siège de la Gestapo. Le 21 juillet, au désert de l’Ecureuil à Seyssinet, il est fusillé avec 9 autres résistants. On peut raisonnablement penser que ces arrestations sont liées à la chute de l'Etat-major FTP de la Zone Sud même si on ignore toujours comment la Milice et la Police allemande étaient au courant de cette réunion.

Mais qui étaient ces deux responsables au parcours presque identique. Tous deux vont connaître l’exil très tôt, Marco, juif, né en 1912 dans une famille de la classe moyenne plus tard anéantie par les nazis, fuit la Pologne des colonels fascistes et antisémites, atterrit à Paris, Antoine, dont le père Maire d’une petite ville italienne  a fui l’Italie fasciste de Mussolini,  se retrouve à Longwy, adhère au  PCF en 35, et en 36 est à la tête des syndicats de la sidérurgie du bassin de Longwy.

Tous deux rejoignent les Brigades Internationales pour défendre la République  espagnole attaquée par les rebelles putschistes  de Franco et les avions de l’armée nazie qui font, à Guernica, sur cette terre rougie du sang mêlé des combattants et des civils leurs premiers raids meurtriers. Marco et Antoine font connaissance dans cette guerre civile, vivront les mêmes combats que les républicains,  jusqu’à l’automne 38 où à Barcelone devant 30 milles personnes et Dolores Ibarruri, la Pasionaria,  les brigadistes quittent une Espagne vaincue par les nationalistes.

Retour en France, la Meurthe et Moselle pour Antoine et la direction fédérale du PCF, Marco lui arrive à Grenoble pour retaper sa santé mise à mal par la guerre, travaille chez Merlin Gerin mais continue à fréquenter les lieux, les cafés ou les étudiants grenoblois de gauche refont le monde. Tous deux fondent une famille et en 1939 mobilisés sous l’uniforme français, ils recevront pour leurs actes de bravoure la croix de guerre.

Antoine à la demande du PCF va participer à la Résistance en Isère, prend contact avec Kioulou, Naime, Dufour, assume des responsabilités au Front National de la Résistance, puis au Comité Militaire Régional à l’Etat-major FTP Isère-Hautes Alpes. Marco mène de front sa tache militante sur son lieu de travail et son rôle de responsable politique communiste en Isère vivant le quotidien d’un résistant, il participe à la constitution des FTP, assume à la fois les actions sur le terrain et les fonctions dirigeantes, en février 44 il devient à côté de Polotti responsable politique, le responsable militaire FTP, renouvelle une direction décimée, organise un nouveau réseau de contacts, prend en charge l’organisation et la direction des 9 bataillons FTP .

 Antoine Polotti, Marco Lypszyc levés à l’aube du combat, ayant compris plus vite que beaucoup le danger du nazisme, sont morts jeunes, n’ont pas eu le temps de raconter, de transmettre leurs actions, leurs raisons, leurs engagements. Grace aux travaux d’historiens comme Claude Collin et son livre sur Marco Lypszyc, nous le connaissons un peu mieux mais  combien d’autres particulièrement FTPF, mériteraient de tels ouvrages car tous, ainsi que le disait Raymond Aubrac, pratiquaient la désobéisance. Le colloque sur les FTPF qui s’est tenu jeudi passé au Palais du Parlement a démontré qu’il y a encore beaucoup de recherches à mener sur ce sujet. 

Les résistants ne voulaient pas éradiquer le nazisme, le fascisme, ils se battaient pour une société plus égalitaire, plus fraternelle. Le rôle du CNR, la détermination obstinée de son premier Président Jean Moulin ont été capital tant pour l’union de la Résistance, et la victoire finale que pour l’avènement d’une France nouvelle grâce au programme du CNR « les jours heureux ». Les conquis de programme novateur, socle de notre pacte républicain, sont de décrets en lois, de renonciations en trahison, grignotés, rabotés, ou carrément supprimés, il est indispensable de rappeler que c’est dans une France exsangue après 5 ans de guerre, que les mesures les plus emblématiques comme la Sécurité sociale, les retraites, les nationalisations ont été les leviers pour promouvoir une société nouvelle, et que Ambroise Croizat, Marcel Paul ministres communistes à la libération ont, en 2 ans, changé la vie de millions de français et de françaises leur donnant enfin le plus précieux des biens - la dignité.

Ce passé de feu de fer de sang mais aussi d’espoirs, se lit en filigramme sur ce mur où sont gravés pour toujours les noms d’Antoine Polotti et Marco Lypszyc, nous ne devons pas le laisser disparaitre dans les brumes de l’oubli. Parce qu’ils pensaient qu’un jour l’humanisme gagnerait contre l’obscurantisme, que  la France, terre d’asile sans distinction d’origine, de culture, de religion demeurerait un phare pour le monde, parce qu’ils ont donné leur vie pour notre pays, leur pays, et qu’avec des milliers et des milliers de Résistants, ils lui ont rendu sa dignité, sa liberté, son honneur nous continuerons à maintenir vivante leur mémoire.

Permettez-moi d’achever avec ce magnifique hommage, bien connu mais si vrai,  de Pierre Brossolette, disant des résistants, à la BBC, le 22 septembre 1942 :

 La gloire est comme ces navires où l'on ne meurt pas seulement à ciel ouvert mais aussi dans l'obscurité pathétique des cales. C'est ainsi que luttent et que meurent les hommes du combat souterrain de la France. Saluez-les, Français ! Ce sont les soutiers de la gloire.