Marguerite Gonnet, une Résistante atypique

Margueritte Gonnet

« Lorsque les hommes laissent tomber les fusils, il faut bien que les femmes les ramassent ».

C’est en ces termes que Marguerite Gonnet répondit au Président du Tribunal Militaire de Lyon le 19 mai 1942, alors qu’elle était jugée pour avoir détenu et distribué des tracts « antinationaux ». Cette déclaration, véritable défi féministe dans ce régime pétainiste, témoigne d’un courage inouï et invite à mieux connaître celle qui fut « Anne » et « La Cousine » dans la clandestinité.

Marguerite Lemeignen est née le 13 octobre 1898 à Nantes .En 1939 elle vit à Grenoble où elle a épousé Albert Gonnet, avocat près la Cour d’Appel, Président du Syndicat d’Initiative et responsable associatif. Lorsque la guerre éclate, Marguerite est mère de neuf garçons dont le dernier n’a pas deux ans. La demande d’Armistice de Pétain en juin 40 bouleverse cette mère de famille « chrétienne et apolitique » selon ses dires. Elle ne peut rester inactive.

Fin 1940, le hasard, lors du passage de la ligne de démarcation, met sur son chemin un homme, traqué par des soldats, qui lui confie un document à remettre à une adresse précise à Paris. C’est le déclic. Marguerite Gonnet entre en Résistance.

Le hasard encore, dans un hôtel du col du Lautaret, lui fait entendre les premières notes de la cinquième symphonie de Beethoven, indicatif de la BBC dont elle est une auditrice assidue. Elle en fait immédiatement autant. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance des époux Montigny, amis de Lucie et Raymond Aubrac, cofondateurs avec Emmanuel d’Astier de la Vigerie du mouvement Libération Sud. La voici chargée d’implanter le mouvement dans l’Isère.

Elle devra récupérer le journal clandestin Libération, le diffuser, donc recruter des diffuseurs. Devenue « la Cousine » Marguerite Gonnet trouve ses relais dans les milieux les plus divers.

Pendant l’hiver 41 elle rencontre Yvon Morandat, l’un des dirigeants de Libération-Sud  qui l’investit responsable départementale.

Poursuivant ses activités elle est arrêtée avec deux autres Résistants le 18 avril 42, à la suite d’une dénonciation. Le jour même elle déclare au commissaire de police qui l’interroge : « Tout ce que j’ai pu faire je l’ai fait par amour pour mon pays et avec l’entière approbation de ma conscience ».

On perquisitionne chez elle où l’on trouve 580 exemplaires de Libération et 440 tracts intitulés « Ces Messieurs de Vichy »…La Cousine le 20 avril est mise au secret dans le quartier des condamnés à mort de la prison Saint-Joseph de Lyon. La même nuit elle perd l’enfant qu’elle attendait. Ayant refusé de demander sa grâce à Pétain elle est mise en liberté provisoire le 29 avril. N’est-elle pas mère de famille nombreuse et épouse d’un homme honorablement connu ? Cela pourrait provoquer un scandale.

 Jugée avec ses deux compagnons par le Tribunal Militaire à Lyon, elle est accusée d’avoir détenu et distribué des tracts de nature à nuire à la défense nationale. A la question du président : «  Qu’avez-vous à dire ? ». Elle répond : «  Tout simplement mon colonel que je préfère être à ma place qu’à la vôtre ». C’est alors qu’elle ajoute : « Lorsque les hommes laissent tomber les armes, il faut bien que les femmes les ramassent ». Elle est condamnée à deux ans de prison avec sursis, étant « digne d’indulgence ». Il en faudrait plus pour décourager Marguerite Gonnet rentrée à Grenoble, elle reprend son combat clandestin.

Mais les arrestations ont suscité les craintes des responsables nationaux du mouvement. Jean Weber, « Beaumont », devient responsable départemental de Libération Sud et peut s’appuyer sur le travail accompli par celle qui l’a précédé pour élargir le mouvement dans l’Isère. C’est le moment où les réseaux de résistance prennent des contacts pour unifier leurs actions : formation du « Comité de l’Isère de la France Combattante » à l’automne 42, Mouvements Unis de la Résistance au printemps 43, apparition des premiers maquis de réfractaires au Service du Travail Obligatoire.

Marguerite Gonnet n’a rien perdu de sa combativité. Elle se déplace fréquemment par le train Pontcharra-La Rochette-Allevard pour rencontrer le dentiste Jack Quillet qui organise le maquis autour d’Allevard. A Grenoble, comme l’avait fait Marie Reynoard, elle est en contact avec un réseau de Résistants polonais.

A son exemple, quatre de ses fils sont entrés dans la lutte : deux sont arrêtés le 11 novembre 43, date de la tristement célèbre manifestation de Grenoble, mais ils parviendront à s’évader. Deux autres rejoignent la Compagnie Bernard dans le Grésivaudan. Elle-même continue à agir, prenant des risques inouïs en hébergeant des membres du groupe franc. Devant une menace précise et programmée elle se réfugie à Villard d’Arène où elle assiste aux combats de l’Oisans du 9 au 22 août.

Après la Libération, son activité reconnue, elle siège, seule femme jurée, à la Cour de Justice ainsi qu’au Comité Départemental de Libération  Nationale. Mais elle n’était pas femme à se reposer. Outre l’éducation de ses enfants, elle entreprendra encore des tâches sociales d’importance comme la direction du préventorium de Villard de Lans.

Après une vie si bien remplie, de celles qui ne peuvent que forcer l’admiration, elle s’éteint à Paris dans sa 98è année le 27 mai 1996. Marguerite Gonnet était médaillée de la Résistance et chevalier de la Légion d’Honneur. Cette distinction lui avait été remise le 9 février 1985 par Raymond Aubrac.

 Andrée Lancha

Nous tenons à remercier Olivier Vallade qui nous a généreusement permis de nous inspirer largement de ses travaux ainsi que Monsieur Michel Morin-Gonnet, un des fils de Marguerite Gonnet  qui a mis à notre disposition de précieux documents.

 Portrait publié en décembre 2010 dans Résistance Isère