dévoilement de la plaque par Jean Paul Trovero Maire, Claude Fugain et Michel Fugain les enfants de Pierre Fugain

Inauguration de l' Espace Pierre Fugain à Fontaine le samedi 20 septembre  2014, dans le cadre de l'initiative "Fontaine la Résistante"

 Intervention de Martine Peters - Présidente Déléguée de l' ANACR Isère

_VDF8838Le 17 juillet 2009, alors qu’il allait avoir 90 ans, Pierre Fugain disparaissait brutalement. Pour l’Association Nationale des Anciens Combattants  et Amis de la Résistance, dont il a été le Président charismatique durant près de 40 ans, la perte fut  immense et la peine profonde.  5 ans après sa disparition, savoir que son nom s’est imposé à la population de Fontaine pour nommer le lieu où ce matin nous sommes réunis, est pour l’ANACR une grande satisfaction, un moment d’intense émotion et la preuve que la Résistance, son histoire, ceux et celles qui l’ont faite, demeurent ancrés dans l’ADN de notre pays, de nos communes et de ses habitants.

Pierre Fugain, ce médecin qui durant toute sa carrière soignera les démunis oubliant souvent de les faire payer, était et restera une figure de la Résistance. Parce que toute sa vie ne fut qu'une aventure d'avant garde aux avant postes de l'action, que son parcours est extraordinaire et exemplaire, il est difficile d’évoquer une partie plutôt qu’une autre de sa vie. Les raisons et conséquences de chacun de ses engagements étaient imbriquées si étroitement qu’en disant les unes on dit les autres.

Pierre Fugain est né le 29 août 1919 à la Rochette en Savoie, d’un père fils de paysan et d’une mère qui sera bonne à tout faire dans une maison bourgeoise dès 12 ans à Paris. Ses parents se rencontrent à la fin de la première guerre mondiale, se  marient et deviennent gérants d’une épicerie à la Rochette. De sa mère il dira- elle ne faisait pas de politique mais elle était instinctivement rebelle. Boursier, Pierre fait ses classes au Lycée Champollion. C’est la période juste avant le Front populaire, il assiste à ses premiers meetings et déjà, rebelle et bagarreur, participe à la riposte des opposants antifascistes, le 10 juin 1934  à la venue de Philippe Henriot pour une réunion organisée par les croix de feu.

Membre des JC, responsable parmi les jeunes des collectes pour le Frente Popular, en juillet 1936 à 16 ans il décide de rejoindre la colonne anarchiste Durruti en Espagne, mais il est refoulé, parce que trop jeune. Il restera toujours nostalgique de n’avoir pas pu réaliser son rêve de se battre dans  les Brigades Internationales.

Après le bac, pour gagner sa vie, il est pion à l’école Vaucanson, se fait virer pour avoir créé le premier syndicat CGT des maîtres d’internat, revient en  pion à Champollion et poursuit ses études de médecine.

Mobilisé à 20 ans, dans le service santé, comme élève officier de réserve d’artillerie, un mois avant la fin de la drôle de guerre il se retrouve, avec d’autres officiers, à Vannes, où les Allemands  arrivent  et les font prisonniers sans qu’ils aient pu combattre. De camps en camps, ils se retrouvent un jour, dans un train, en direction de l’Allemagne, pour finir la guerre dans un stalag allemand, ce qu’ils ne savent pas encore. Pierre décide qu’il est temps pour lui de s’évader et à la gare du Mans il saute du train, fortement désavoué par ses camarades de captivité craignant des sanctions, eux passeront 4 ans en Allemagne. – j’avais la chance folle d’être en rébellion. En 24 heures, j’étais à Grenoble-

Il reprend sa place, comme étudiant en médecine et  pion au Lycée Champollion. Alors que beaucoup de français crient "vive Pétain" et que certains s'enfoncent dans une ignoble collaboration avec l'ennemi, lui, l'étudiant communiste, déjà engagé jusqu'au cou dans la lutte anti fasciste et clandestine, réunit des camarades, distribue des tracts, manifeste contre le régime pétainiste, répand des idées subversives.

Bref, il est ce qu'on appelle, aujourd'hui comme hier, un agitateur, ce qui lui vaut d'être  arrêté le 24 mai 41 pour propagande communiste, par la police de Vichy, incarcéré à la prison  St Joseph, puis emprisonné le 25 juin  à Fort Barraux où il va rencontrer les tous premiers emprisonnés par Pétain et sa clique, des militants avertis  du Parti Communiste et des syndicats, particulièrement de la CGT.

Pierre profite d'une permission exceptionnelle accordée pour la naissance de son fils Michel le 12 mai 1942 pour prendre le large.

Après quelques mois de clandestinité, exclu de l’Université, il devient veilleur de nuit au garage des messageries de Presse d'où partaient les fourgons livrant "le petit Dauphinois", il continue à travailler sa médecine car il s’est débrouillé pour être réintégré à l’Université de Lyon. Il est contacté par un officier de la Résistance qui souhaite utiliser les camionnettes pour transporter le courrier de son réseau.

Pierre entre dans la  Résistance, il intègre le réseau de renseignement Reims-Coty dont l'activité est d'espionner les forces ennemies et de transmettre ces précieuses informations à Londres, au BCRA, service de renseignements de la France libre créé par le  Général  De Gaulle. D'abord responsable des liaisons sud-est puis membre de la direction nationale, Il deviendra en 1944 l'adjoint du chef national, le réseau étant basé à Grenoble. Il a retracé, il y a quelques années, l'action capitale de son réseau dans un livre "Ici l'ombre", un rare témoignage sur ces réseaux de renseignements mal connus. Livre hélas épuisé et qu’il serait important, pour conserver l’extraordinaire histoire de ce réseau, de republier.

A la libération, il est nommé liquidateur du réseau, puis se fait démobiliser- il était capitaine - et refuse bien sur de partir en Indochine. En  1945 il part seul  en Italie, juste accompagné par 2 anciens du réseau Reims Coty, pour arrêter Guy Eclache, collaborateur notoire et responsable des pires exactions avec la milice, en Isère. Ramené par Pierre à Grenoble, Eclache sera jugé dans les règles, condamné à la peine capitale et exécuté le 20 octobre 1945.

Dans les années suivantes, il  va s’employer à achever ses études de médecine, s'installe à Voreppe et aurait pu tranquillement tirer un trait sur son passé de Résistant, et se contenter de voir grandir ses enfants, Michel qui deviendra le chanteur bien connu et Claude, sa fille, médecin phoniatre renommé. Il va cependant pour,  disait-il -sauver les meubles, sauver  l’esprit de la Résistance -assurer une continuité, veiller à ce que les collaborateurs soient sanctionnés, être solidaires avec les résistants qui commencent à réclamer leurs droits, s’occuper des déportés alors de retour, participer à la création d’une des premières organisations d’anciens de la Résistance l’AMR.

Il disait  « j’étais plus révolutionnaire que communiste, chaque fois que j’en avais l’occasion, je refaisais le monde partout où il était à refaire. Sans le calculer, sans le vouloir, j’ai toujours été pris dans des sortes d’organisations anormales, parallèles, scissionnistes »

Pierre, inlassablement, va poursuivre le combat des mêmes contre les mêmes. Pour lui, dénoncer le colonialisme, allait de pair avec la dénonciation du racisme, du fascisme et de tout ce qui était anti démocratique.  Il s’engage contre la guerre d’Indochine puis contre la guerre d’Algérie, continuant de défendre les mêmes positions. -J’étais toujours un médecin militant, j’ai du faire, je ne sais combien de certificats pour que les gars soient réformés et ne partent pas. C’était illégal mais l’illégalité franchement pour faire un aveu, elle m’allait bien. -

Plus tard, on le retrouvera aussi aux cotés des Sahraouis, médecin français des Touaregs, de tous ceux, trop nombreux à citer,  qui luttent pour leur dignité, pour un monde où les droits de l'homme soient enfin respectés.

 En temps que médecin, avec quelques autres pionniers, il participera à l'amélioration de la vie des femmes, contraception, avortement, planning familial, une fois encore en rébellion contre l’Ordre des médecins et la justice. Cette période, souvent peu évoquée dans son parcours, où il pratique son métier en donnant la priorité à la dignité des femmes,  rejoint à l’évidence ses combats antérieurs.

Après la dissolution de l’AMR, il participe à la création de l’ANACR, en sera, à partir de 1969, le Président Délégué et cela, jusqu’en 2006 ou, à sa demande, et pour raisons de santé, il en devient le Président d’honneur.

Lorsqu'il prend sa retraite de médecin, il ne saura pas regarder pousser ses roses et témoignera auprès des jeunes générations, et des moins jeunes, qui n'ont pas connu la guerre, de la Résistance, afin d'expliquer les motivations des résistants plus que les faits d'armes, pour comme l'a écrit Jack Lang dans la  postface d' "Ici l'ombre" -mettre en pleine lumière un autre combat contre un ennemi particulièrement dangereux : l'oubli.-

Militant anti fasciste viscéral depuis toujours, il appellera à la vigilance contre les extrêmes droite et les résurgences du fascisme, saura mobiliser l'ANACR de l'Isère contre le Pen et ses idées nauséabondes, et sera en tête de tous les cortèges, devant des milliers de Grenoblois, particulièrement des jeunes qu’il appellera à leur tour à résister, jusqu'à cette déferlante  mémorable contre le Pen, lors du 2ème tour des présidentielles, faisant à nouveau de Grenoble,  Compagnon de la Résistance, le fer de lance contre le retour de la bête immonde.

Parlant de la Résistance il disait, citant de Gaulle «  c’était une révolution et probablement la plus importante ». Il ajoutait : cette révolution n’a pas été faite uniquement contre les Allemands mais aussi contre les façons de penser, de se soumettre. La révolution s’était contre le pétainisme, le fascisme, la soumission. Mais après la guerre, les fascistes, les pétainistes ont continué à exister et existent toujours. »

La Nation française avait attribué à Pierre les distinctions que justifiait largement son brillant passé de Résistant, entre autres la Médaille de la Résistance avec rosette et en juillet 99 la croix de commandeur de la Légion d'honneur. (2 distinctions rares)

Mais, si j’arrêtais là ce portrait, il manquerait, me semble-t-il, la dimension humaine de Pierre, ce qui a fait qu’il était devenu au fil des années pour beaucoup une référence, lui le combattant des libertés, mais aussi une personnalité respectée parce qu’attachante et vraie.

C’est pour quoi je voudrais évoquer quelques traits de l’homme qu’il était profondément. Ses convictions prenaient racines dans son histoire familiale, rebelle et insoumis, militant engagé,  très tôt il a fait bouger les lignes, mais c’est indiscutablement dans la Résistance qu’il va affirmer son caractère et ses valeurs qu’il défendra jusqu’à son dernier jour.

La Résistance sera le creuset  où ce gamin, il n’a que 25 ans le jour de la Libération de Grenoble, forgera cet homme atypique, intransigeant et droit comme une épée, prêt pour de nouveaux combats plus exigeants les uns que les autres.

Son empathie pour les gens, même s’il était sans illusion sur le genre humain, sa faculté à écouter, à se sentir concerné, à prendre part à la vie des autres lui a permis de nouer de solides amitiés. Il  trouvait que la Résistance avait été trop belle et extraordinaire pour qu’on la dénature en rajoutant des drames ou des flonflons. Révolutionnaire dans l’âme, jusqu’à la fin, il aura été fidèle à ses idées de jeunesse, ses enthousiasmes, ses éternels combats, tout en assumant ses désespoirs devant les trahisons, les renoncements de beaucoup. Lui n’a jamais renoncé !

Tous ses actes étaient guidés par la conscience aigue de la dignité  humaine, droit inaliénable de la société des hommes.

Pierre était un être rare, d’une extrême intelligence, en avance sur son temps et ses contemporains, l’histoire lui a toujours donné raison de ses prises de position avant tous les autres.

Pierre, c’était aussi, étroitement mêlé, un formidable goût pour la vie et un immense désespoir  devant la futilité des jours  et l’éphémère parfum des roses.  Il aimait les bons repas, le bon vin, les réunions entre copains "ses potes"  à refaire le monde, il aimait partir, voir ailleurs si le ciel était bleu,  mais il aimait rentrer chez lui, se promener dans sa prairie, se régalait de la pluie sur sa campagne, des biches juste sous ses fenêtres, d’un livre au coin d’un feu de bois, d’écrire devant sa fenêtre ouverte sur le noir d’une nuit d’été.

Ceux qui l’ont connu gardent de lui le souvenir d’un compagnon d’exception. Certes il aurait bien ri de ces honneurs car il ne se considérait pas comme un héros mais il les aurait, j’en suis persuadée, acceptés pour servir une fois encore l’esprit de la Résistance. Les membres de l’ANACR de l’Isère vous remercient, Monsieur le Maire, d’avoir, en donnant à ce bel espace,  le nom de Pierre Fugain, distingué à la fois leur Président historique mais également leur frère de combat, leur camarade, leur ami.

 Fontaine porte fièrement dans la trame de ses rues, le nom de Résistants et de Résistantes, d’hommes et de femmes d’exception, qui ont rétabli l’honneur de la France durant 4 ans trainé dans la boue de la collaboration.

Aujourd’hui  en rejoignant ses compagnons  de Résistance au Panthéon de Fontaine, Pierre Fugain demeurera pour toujours  ce Résistant, ce rebelle qui voulait changer le monde et nos vies et  qui souvent y réussit.

 

les porte-drapeaux

 

Intervention de Jean Paul Trovero Maire de Fontaine

2014-09-20inauguration fugain036

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Avant de débuter mon propos, je souhaitais vous remercier, tous sans exception, pour votre présence ici, alors que nous inaugurons l'espace Pierre Fugain et que nous rendons hommage au grand homme qu'il était, au grand résistant qu'il fût toute sa vie.

Je tiens à remercier tout particulièrement les enfants de Pierre Fugain, Claude et Michel, qui nous font l'honneur de leur présence dans notre ville.

Je tiens également à remercier Monsieur le Maire de Schmalkalden pour sa présence à nos côtés, et à excuser les Maires d'Alpignano et de Sommatino qui n'ont pas pu se joindre à nous aujourd'hui, retenus dans leurs villes respectives pour d'autres impératifs.

Je remercie aussi l'école Pont du Drac et Monsieur Cédric ELOI, ainsi que les enfants pour l'interprétation du Chant des Partisans.

Nous le savons tous, dans nos maquis alpins, dans nos villes et dans nos bourgs, la Seconde Guerre Mondiale, l'Occupation allemande et la Collaboration ont fait de nombreuses victimes.

Ainsi, l'Isère, et notamment Fontaine, aura, durant cette sombre période, payé un lourd tribut pour retrouver la Liberté et la Paix.

Fontaine la Résistante, la Populaire, l'Ouvrière, la ville d'accueil pour tant d'immigrés ayant fuit la montée du fascisme, Fontaine la belle et la rebelle porte fièrement les noms des Résistants des Terres du Dauphiné dans ses squares, dans ses rues, dans ses avenues, dans ses boulevards.

C'est donc tout naturellement que Pierre Fugain devait rejoindre ses camarades ici, dans notre ville. Découvrir son nom dans ce bel espace est un honneur pour Fontaine.

Pierre Fugain était un homme qui partageait toutes les valeurs que défend notre commune : la paix universelle, la liberté pour tous les hommes, la fraternité et la solidarité envers les plus fragiles.

Il était un camarade de combat au sens noble du terme. Mais plus que ça, il était de toutes les luttes, même les plus difficiles.

Cet attachement à la République, ce soutien aux peuples opprimés, aux femmes et aux hommes exploités, cette volonté de toujours se battre quand une cause juste le requiert, Fontaine les partage, Fontaine les transmet.

Pierre Fugain était un pacifiste, mais il combattait quand il fallait combattre.

Non pour tuer, non pour détruire, mais pour rétablir la République et la Liberté partout où il le pouvait.

Déjà pendant la guerre d'Espagne, il voulut rejoindre la colonne anarchiste de Durutti pour défendre la République aux côtés des progressistes européens venus se battre aux côtés de leurs camarades Espagnols, mais il fut refoulé.

La Résistance face à l'Occupation, bien sûr, et Martine dans son discours, l'a si bien honoré. La Résistance, c'était le combat, la révolution de Pierre Fugain pour la paix, pour la liberté, contre le fascisme.

C'est le même combat pour la liberté et la paix qui fera s'opposer Pierre Fugain à la guerre d'Indochine, à la guerre d'Algérie, qui le fera toujours dénoncer la torture, toujours défendre les antifascistes, les anticolonialistes, les antiracistes, les opprimés.

Qui lui donnerait tort aujourd'hui d'avoir refusé de participer aux guerres coloniales, d'avoir refusé de se soumettre à l'Occupation et au Régime de Vichy, d'avoir su prendre les armes pour défendre non seulement ses proches, mais surtout ses valeurs, sa France, sa grande idée du genre humain ?

« En servant les rebelles algériens, disait-il en juillet 2006, en en faisant parti, jétais, je dois l'avouer, très à l'aise.

Je suivais une fois encore les préceptes des droits de l'homme qui veulent que, quand le gouvernement viole les droits des citoyens, l'insurrection devienne le plus sacré des devoirs.

En soignant, aidant, planquant mes nouveaux camarades de clandestinité, je respectais mes serments de porter secours à tous les hommes victimes des hommes.

Je restais fidèle à ma ligne morale pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. »

En toutes circonstances, c'est toujours le juste combat que Pierre Fugain mène.

Son combat de médecin en est un exemple. Panseur du corps, panseur de l'âme, passionné par la vie, Pierre Fugain était un médecin engagé dans tous les combats pour vaincre la souffrance.

Un pionnier qui a participé à l'amélioration de la vie des femmes et à leur liberté, bravant là encore les lois de l'époque.

Et dans son cabinet du cours Berriat, alors que beaucoup de ses patients n'avaient souvent aucun moyen de le payer, il continuait à soigner, à écouter, à réconforter, à accompagner ces femmes et ces hommes dans la maladie et dans la détresse.

Pierre Fugain était un artisan de la Paix. J'aime à penser qu'il aurait eu un immense plaisir à nous voir ici, tous rassemblés, dans nos différences.

La présence du Maire et d'habitants de Schmalkalden, ville allemande, est un formidable hommage que l'on rend à sa personne et à ses combats, et souligne la paix qui rassemble les hommes.

Ici, dans cette ville, il n'y a pas de place pour la haine : il n'y a de place que pour la solidarité, le vivre-ensemble et l'amitié entre les peuples.

Le seul combat qui a sa place à Fontaine, c'est celui qu'a porté Pierre Fugain tout au long de sa vie : celui pour la paix, pour la liberté, pour la dignité humaine.

Il est vrai que ce que retiennent principalement nos concitoyennes et nos concitoyens, de la vie de Pierre Fugain, c'est son action dans la Résistance.

Il est vrai que c'est un combat majeur dans sa vie comme dans l'histoire de notre pays.

Mais 70 années après la Libération de Fontaine et de la France, qu'est devenu le combat de Pierre Fugain et de ces millions de personnes qui ont résisté face au nazisme et au fascisme ?

Notre responsabilité à tous est de perpétuer le souvenir de ces femmes et de ces hommes qui ont combattus et qui, trop souvent, sont morts pour défendre les valeurs de la République.

C'est à cet égard que je tiens à remercier, avec une émotion sincère, au nom de toutes les Fontainoises et de tous les Fontainois, les anciens combattants et notamment l'ANACR, dont certains sont ici avec nous.

Le travail de mémoire qu'ils réalisent au quotidien, par leurs témoignages, leurs interventions auprès de notre jeunesse et par les actions qu'ils mettent en œuvre, sont indispensables.

Il est de notre responsabilité aujourd'hui, de faire en sorte que nos enfants, qui ont en charge l'avenir de l'humanité, sachent ce qu'il s'est passé durant cette période de l'histoire et restent vigilants.

Il est de notre devoir de donner à notre jeunesse les outils pour comprendre le monde, et de leur transmettre les valeurs de Liberté, d'Egalité, de Fraternité.

Le devoir de mémoire n'a de sens que si il est associé au message de paix et de fraternité défendu par nos anciens combattants.

Pierre Fugain l'avait bien compris. Ainsi, il déclara en 1999 : « Aux élèves qu'on a l'impudence de me confier, je ne parle de notre passé que parce qu'il conditionne leur avenir.

Je les persuade que les faits, y compris les faits d'armes, comptent beaucoup moins que les valeurs qui les animent.

Je ne leur parle de la Résistance que pour en dire les causes et les valeurs et pour les appeler à les poursuivre. »

Pierre Fugain, en résistant face à l'Occupation nazie, fait parti de ces grands hommes qui ont rendu sa fierté à une France salie par le régime pétainiste de Vichy.

En soutenant, dans le monde entier, toutes les femmes et tous les hommes qui voulaient vivre libre, en restant fidèle à ses valeurs humanistes, il a rendu son honneur à la Patrie des Droits de l'Homme.

Oui, Pierre Fugain était de tous les combats. J'ai eu l'honneur et la chance de le côtoyer, ici, à Fontaine, lorsqu'il était venu manifester son soutien à nos 33 amis kurdes.

Des amis qui, pendant 37 jours, ont lutté pour leur dignité et leur droit de vivre heureux et en paix.

Pierre Fugain était venu les soutenir dans une salle portant le nom d'Eugénie Cotton, militante communiste, vice-présidente du Conseil Mondial de la Paix, qui apporta son aide aux réfugiés antifascistes allemands en 1933, et qui partageait les mêmes combats que Pierre Fugain. Là aussi, tout un symbole.

En pensant à Pierre Fugain, j'ai le souvenir d'un homme bon, d'un homme bien, d'un homme humble et simple. J'ai le souvenir d'un grand homme, accessible, et personne à Fontaine n'oubliera son humanisme.

« Pour que, lorsque l'un de nous meurt, la Résistance ne s'enfonce pas un peu plus dans le trou noir de l'oubli, il faut que son histoire soit léguée aux vivants » nous disait-il en 2003.

C'est le travail que nous faisons à Fontaine, c'est le plus bel hommage que nous pouvons lui rendre.

C'est là tout le sens que nous voulions donner à cet espace, où se rencontrent et vivent en harmonie toutes les Fontainoises et tous les Fontainois, en le nommant « Espace Pierre Fugain ».

Nous devons la sensibilité de ce lieu à deux anciens élus de Fontaine, que je salue aujourd'hui : Yannick Boulard et Yves Contreras, qui ont imaginé cet espace alors qu'il était encore une friche.

Cet espace portera désormais le nom de Pierre Fugain.

Je vous remercie pour votre attention.

 

la chorale chantant le Chant des Partisans

la chorale des enfants interprête le Chant des Partisans

Jean Paul Trovero et les personnalités

 

Claude Fugain

Michel Fugain

 Michel Fugain

projection du film

 

Projection du film "Pierre Fugain, un résistant dans le siècle"

Denise meunier Présidente départementale

 Denise meunier, Présidente départementale ANACR Isère